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Cidade Velha, un témoignage venu du passé

Situé sur l’île de Santiago au Cap-Vert, Cidade Velha est une de ces villes où le passé peut se voir au présent. Aujourd’hui méconnu, cette ville a été considérée comme le « centre du monde » par sa position géographique, point de passage incontournable lors du commerce triangulaire entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique.

 

Cidade Velha, édifiée en 1462 sous le nom de Ribeira Grande, est la première ville subsaharienne construite par les européens. Cela témoigne de l’avant-gardisme portugais quant aux explorations maritimes et la découverte du monde. Devenue capitale politique, administrative et religieuse de l’archipel, Cidade Velha s’est imposée comme un passage obligatoire lors des différentes expéditions. Aussi bien pour les voyages vers les Indes, Vasco de Gama y a fait escale, que pour les Amériques, Christophe Colomb s’y est arrêté lors de son troisième voyage vers les Amériques, après avoir compris l’enjeu stratégique de cette ville. En plus des expéditions maritimes, Cidade Velha est devenue le point névralgique du commerce triangulaire. Les navires étant encore peu développés pour des trajets de longue distance (près de 3 mois de traversée), il était nécessaire de se ravitailler le plus tard possible avant de traverser l’Atlantique. Et pour cette nécessité, c’est l’archipel du Cap-Vert qui était le mieux placé car déjà éloigné des côtes africaines. Les navires pouvaient alors se réapprovisionner en denrées et certains négriers profitaient de cette escale pour enseigner quelques mots de portugais aux esclaves afin de les rendre plus attractifs. Au-delà de son importance pour les passages maritimes, la position géographique de Cidade Velha, et l’archipel en général était propice pour l’agriculture. Profitant d’un climat favorable à la fois pour des cultures qui nécessitent un climat tempéré et celles qui ont besoin d’un climat tropical, Cidade Velha était une plaque tournante de l’agriculture. Elle a pu ainsi expérimenter des produits sans avoir besoin de les faire traverser l’Atlantique. De nombreux produits ont voyagés par ce biais, notamment le coton provenant du Moyen-Orient qui a été transporté jusqu’en Amérique.

Cidade Velha avait tout pour rester une plaque tournante du commerce mondial : la traite d’esclave devenait de plus en plus lucrative.

Cependant dès le XVIIème siècle, ce marché a été envié par les grandes puissances européennes principalement anglaises, françaises et hollandaises. Ces puissances ont commencé à installer leur propre comptoir le long des côtes africaines et ont cessé de passer par le Cap-Vert. A partir de ces années Cidade Velha a commencé à créer moins de richesse et la population s’est peu à peu déplacée vers d’autres contrées de l’île. Après avoir perdu de sa superbe économique, Cidade Velha a perdu son statut de capitale politique au profit de Ribeira Grande en 1769. C’est d’ailleurs à la suite de ce transfert que Cidade Velha a commencé à s’appeler Cidade Velha, auparavant c’était Ribeira Grande… nom de la nouvelle capitale.

Si Cidade Velha présente le même profil que de nombreuses autres villes qui ont été glorieuses par le passé et désormais désertiques, cette ville, se détache par l’authenticité de sa conservation. Même si de nombreux temples ont été détruits, il n’en reste plus que 3 alors qu’il y en avait jusqu’à 24, de nombreuses habitations ont été détruites, aujourd’hui il ne reste que l’équivalent d’un village, Cidade Velha reste un musée à ciel ouvert. Grâce à son histoire, pionnière dans la traite d’esclaves et rapidement désertée, Cidade Velha a pu conserver de nombreuses traces de ce passé. Le plus conservé, le Pelourinho (photo), est aussi celui qui a le passé le plus lourd. C’était sur cette colonne, de plus de 500 ans,  qu’étaient effectués les châtiments, en public, aux esclaves. Aujourd’hui elle rend hommage et témoigne silencieusement d’un passé douloureux. D’autres témoignages sont éparpillés dans le village qui, pour les historiens comme pour les curieux, sont une véritable source d’informations du début d’une histoire qui dura plus de 300 ans et la déportation de près de 12 millions d’esclaves vers le Nouveau Continent. C’est pour cette richesse culturelle que Cidade Velha a été inscrit au Patrimoine Mondial de l’Unesco en 2009 afin de reconnaître et de faire connaître cette partie de l’Histoire.

 

Victor Soares
capmag@capmagellan.org

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