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À la recherche du Timor Leste à Paris ?

Il semblerait que jamais les Portugais du Portugal n’aient été autant mobilisés pour une cause qu’en septembre 1999 lorsque le Timor-Leste s’est retrouvé à feu et à sang. Un référendum venait de donner une écrasante victoire à la résistance timoraise, qui s’était battue depuis 1975 contre son occupation par l’armée indonésienne. En représailles, cette armée et les milices locales qu’elle avait formées ont semé la terreur, tué, incendié, pillé, détruit méthodiquement une grande partie du pays. La Résistance a su garder son sang-froid pour protéger les populations cachées dans les montagnes. La communauté internationale et l’ONU tardaient à intervenir… Dans les pays démocratiques, l’opinion publique a été émue, même en France le Timor-Leste a fait la une des journaux. Des manifestations avaient lieu tous les jours dans beaucoup de pays, devant les délégations de l’ONU, les ambassades des États Unis ou de l’Indonésie.

Les diplomaties portugaise, conduite par le Premier ministre de l’époque, Antonio Guterres (devenu Secrétaire général de l’ONU depuis janvier 2017), et des pays de langue officielle portugaise, unanimes, ont été décisives.

Une force militaire internationale sous mandat de l’ONU est finalement intervenue pour pousser l’armée indonésienne au départ. Entre septembre 1999 et mai 2002, le Timor-Leste est devenu un territoire gouverné transitoirement par l’ONU, sous la direction du diplomate brésilien Sérgio Vieira de Melo (assassiné en 2003 à Bagdad). Le 20 mai 2002, le Secrétaire général de l’ONU, Koffi Anan, a transféré le pouvoir au premier président de la République démocratique du Timor Leste élu au suffrage universel, Xanana Gusmao, qui avait mené la résistance pendant plus de vingt ans.

Premier pays indépendant du troisième millénaire, le Timor est devenu le 193ème membre de l’ONU. Beaucoup de participants à ce rallye n’étaient pas encore nés !…

 

Et Timor à Paris, alors ?

Depuis l’invasion du Timor par l’armée indonésienne, fin 1975, des exilés indonésiens et des Français ont créé un comité et organisé des meetings de solidarité. L’Association de Solidarité avec le Timor Oriental (ASTO), créée par la suite, intégrait des militants parisiens de diverses tendances et origines, avec une activité discrète, dictée par les conditions de la clandestinité de la Résistance et la prudence. Le Timor était tombé dans l’oubli général.

En 1989 a été fondée “AGIR POUR TIMOR” qui va forcer une visibilité du problème. Un collectif d’ONG françaises fut créé, dont Cap Magellan a fait partie dès le début, ainsi que le Collectif des collectivités portugaises de France (la CCPF), aux côtés de la Fondation France-Libertés, de Danielle Mitterrand, de Peuples solidaires, du MRAP, de la CIMADE, de l’ACAT, d’Amnesty international et tant d’autres.

Les Franco-Portugais ont assumé un rôle moteur dans la solidarité. Les Forum annuels de Cap Magellan, par exemple, ont régulièrement accueilli une exposition, un film, une rencontre avec un dirigeant timorais en exil… Une mobilisation d’artistes franco-portugais a produit le disque “Agir pour Timor”. Les medias franco-portugais (RFI, radio ALFA, la presse écrite) ne laissaient pas oublier la répression féroce dont les Timorais étaient victimes. Une venue du dictateur Suharto à Paris a été reçue par une manifestation devant les fenêtres de sa chambre au Crillon, Place de la Concorde…

 



Au total, ce sont des milliers de petites et grandes actions, partout où il y avait un militant des droits de l’homme ou une association franco-portugaise. Mais ce n’était pas une lutte des seuls portugais avec quelques Français. Des Indonésiens combattaient le même régime qui sévissait au Timor oriental, prouvant qu’il ne s’agissait pas d’un conflit ethnique ni religieux, mais bien d’une question de droit international bafoué et de droit à l’autodétermination des peuples.

José Ramos Horta, diplomate itinérant en exil, co-lauréat du Prix Nobel de la Paix en 1996, plus tard ministre, Premier ministre et Président de la République du Timor, parlant un français étonnant, est venu régulièrement à Paris, pour des conférences de presse, des coordinations européennes, des manifestations devant le siège parisien de la Banque mondiale, etc.

 

Prix Nobel de la Paix reçu par José Ramos Horta et Mgr Belo en 1996

 

La mobilisation parisienne en septembre 1999 a été forte, avec des manifestations quotidiennes devant l’Ambassade d’Indonésie, de grands défilés à partir du Trocadéro ou à Bastille.
L’arrivée de la force d’interposition sous mandat de l’ONU, en septembre 1999, a été un soulagement, une bouffée d’espoir. Mais le Timor était détruit et sa population traumatisée.

Était venu le temps des ONG d’urgence humanitaire et nous avons vu, parmi les premières à arriver au Timor, des ONGs médicales comme Aide Médicale Internationale, Médecins du Monde, Médecins sans Frontières… Dans leurs équipes il y avait des Français et des Franco-Portugais, certains avaient été membres actifs de Cap Magellan.

Le 20 mai 2002, lorsque le Timor Leste est devenu indépendant, une nouvelle page a commencé à s’écrire pour la solidarité avec la création de l’association FRANCE-TIMOR LESTE, qui a comme buts de développer les échanges entre les deux peuples, en faisant connaître le Timor en France et la France au Timor.

 

Alors, le Timor-Leste à Paris ?
Il n’y a que de l’histoire, rien à voir ?

15 ans après la restauration de l’indépendance, il n’y a pas d’Ambassade du Timor à Paris, les plus proches sont à Bruxelles, à Genève, à Rome ou à Lisbonne. La communauté timoraise à Paris n’est pas très nombreuse, juste quelques conjoints d’époux français, portugais ou cap-verdiens, et leurs enfants. Il n’y a pas de restaurant pas de centre culturel.

Mais la solidarité a construit des vies, des consciences, connecté Paris au Pacifique Sud. Ce sont des traces vivantes dans la mémoire de celles et de ceux qui l’ont vécue. C’est pour ça que nous avons choisi de vous raconter cette histoire, comme on dévoilerait une plaque commémorative.

Nous vous transmettons ce que nous avons construit, c’est notre héritage, avec cette conviction :
– tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes,
– aucune puissance étrangère n’a le droit de coloniser d’autres territoires, sous aucun prétexte.

Pour le Timor-Leste c’est réglé. Ils ont la constitution la plus démocratique de toute l’Asie du Sud-Est. Ils négocient leur intégration régionale, se bagarrent pour protéger leurs droits sur les réserves de pétrole et de gaz. Des élections libres ont régulièrement lieu. Comme en France, ils viennent d’élire un Président de la République et des élections pour le Parlement ont lieu en ce mois de juin.

Pour vous donner quelques images aujourd’hui, quelques panneaux d’une exposition sur un Prince timorais qui a vécu en France pendant quarante ans, à la fin de l’Ancien Régime et pendant la Révolution de 1789. C’est une exposition que vous pourrez emprunter gratuitement pour la montrer dans vos universités,  lycées, associations, restaurants, médiathèques…

 

 

Nous vous montrons aussi un peu d’artisanat timorais, des tissages, de la vannerie. Un avant-goût et un clin d’œil pour vous donner envie de visiter le Timor Leste, l’un des plus jeunes pays du monde avec un peuple d’une dignité et d’un courage impressionnants, avec des montagnes fabuleuses et l’une des plus fantastiques réserves en biodiversité marine…

 

Article écrit par l’association France Timor-Leste à l’occasion du 9e Rallye Paper photographique Cap Magellan.
Retrouvez l’association sur leur blog ou sur leur page facebook!

Association France Timor-Leste
Maison des Associations, 1 Rue Frédérick Lemaître – 75020 Paris
Tél.: 06 81 78 76 13
Contact : francetimorleste@gmail.com ou francetimorleste@free.fr