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Brésil : la déforestation fait toujours polémique

Un projet de loi prévoit de réduire encore la protection d’une partie de l’Amazonie

Cela ne date pas d’hier. Mais le danger qui menace la forêt amazonienne se fait de plus en plus pressant. Après une brutale augmentation de 60 % de la déforestation en Amazonie brésilienne en deux ans, le gouvernement semble baisser les bras. Un projet de loi polémique, tout juste envoyé au Congrès, prévoit en effet de réduire encore davantage la protection d’une partie de la forêt. Les défenseurs de l’environnement sont déjà sur le sentier de la guerre. Les ONG dénoncent une forme d’ « agrocalypse », une sorte d’offensive dévastatrice menée par certains producteurs ruraux, lancée à la faveur de la crise politique. Le président Michel Temer, qui fait l’objet d’une accusation de corruption passive, chercherait à rassembler le maximum de voix au Congrès pour bloquer la procédure lancée contre lui. « Temer a fait un geste en direction du lobby agricole, qui est le groupe de pression le mieux représenté à la Chambre des députés, souligne le Climate Observatory, un collectif d’ONG locales, en cédant à plusieurs de ses exigences. » Dans un premier temps, le chef de l’Etat avait pourtant mis son veto à un décret qui mettait en péril la préservation de la forêt de Jamanxim, en région amazonienne. Il répondait ainsi à l’appel de personnalités aussi diverses que Paul Polman, le président d’Unilever, et Gisele Bündchen, la célèbre mannequin brésilienne.

La polémique relancée

Mais le gouvernement a récemment renvoyé un projet de loi au contenu similaire au Congrès : des activités commerciales pourraient ainsi être autorisées sur un territoire de 300.000 hectares (au lieu de 500.000 dans le décret précédent) jusque-là protégés. Ce qui n’a pas manqué de relancer la polémique. « Nous avons un président faible, qui a besoin de votes au Congrès, et qui est prêt à tout pour se maintenir au pouvoir », assure Brenda Brito, chercheuse au centre d’études Imazon à Belém. A cela viennent s’ajouter les incertitudes liées à un nouveau Code minier, tout juste dévoilé, et qui pourrait constituer une menace pour les Indiens de ces régions isolées. Cette « escalade anti-environnement », dénoncée par les écologistes, risque d’aggraver la situation des communautés indigènes et d’empêcher le Brésil de respecter ses engagements en matière climatique. Selon l’Institut d’Amazonie pour la recherche sur l’environnement (Ipam), l’adoption de la nouvelle loi pourraît entraîner l’émission de 67 millions de tonnes de CO2 d’ici à 2030 dans la région de Jamanxim. L’an dernier, les émissions de gaz à effet de serre liées à la déforestation se sont déjà élevées à 130 millions de tonnes.

 

Thierry Ogier,  Correspondant à São Paulo
Source : lesechos.fr