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« Quel Brésil voulez-vous pour le futur ? », la campagne loupée d’une télé brésilienne

À l’approche de l’élection présidentielle de 2018 au Brésil, la chaîne de télévision privée Globo a invité ses téléspectateurs à envoyer de courtes vidéos expliquant le « Brésil qu’ils veulent pour le futur ». Ce n’était pas forcément une bonne idée : plusieurs internautes ont tourné en dérision cet appel et publié sur les réseaux sociaux des vidéos du Brésil… dont « ils ne veulent pas ».

Les Brésiliens éliront en octobre prochain leur nouveau président. L’occasion pour la principale chaîne de télévision du pays, TV Globo, de lancer une campagne permettant à chaque citoyen d’exprimer ses souhaits pour l’avenir dans une vidéo de 15 secondes. Dans une annonce télévisée, des journalistes tout sourire invitent les Brésiliens à se filmer devant un monument emblématique de leur ville, pour en devenir « le porte-parole », puis à l’envoyer à la chaîne.

Mais pour certains internautes, pas question de promouvoir un Brésil de carte postale. Une habitante de Rio de Janeiro, Ieda Paiva, a publié samedi 20 janvier sur Facebook une vidéo dans laquelle elle se filme dans l’hôpital Salgado Filho, dans la zone nord de Rio, où des patients attendent d’être pris en charge dans un couloir bondé. « Globo appelle la population à envoyer des vidéos de lieux mignons devant lesquels vous pouvez expliquer, bien souriant, le pays que voulez », écrit-elle en légende de sa vidéo dans laquelle elle décrit, au contraire, le Brésil « dont elle ne veut pas ».

Ses images ont récolté 13 millions de vues en trois jours sur le réseau social, suscitant des centaines de commentaires, pour la plupart de soutien. « Félicitations pour cette vidéo qui montre la réalité de ce que nous vivons, et non les mensonges que la chaîne Globo veut diffuser », peut-on par exemple lire dans les interventions sous la vidéo.

« La question est davantage de savoir comment nous pouvons vivre mieux »

Contactée par la rédaction des Observateurs de France 24, Ieda Paiva s’est dit surprise de l’ampleur des réactions.

Je ne me doutais pas que cette vidéo deviendrait aussi populaire. Beaucoup de gens m’accusent de faire de la politique, mais ce n’est pas le cas : je voulais simplement montrer une réalité. Je venais d’arriver à l’hôpital avec ma mère qui était tombée dans le bus et j’ai vu les longues files d’attente pour être pris en charge, dans des conditions précaires, avec des patients dans le couloir. Ça m’a énervée et j’en ai profité pour répondre à la campagne de TV Globo.
On comprend rapidement que la chaîne veut promouvoir une image positive du Brésil, elle invite à se filmer devant des lieux jolis, etc. Mais ça, c’est le Brésil que tout le monde connaît : ok, notre pays est beau, mais la question est davantage de savoir comment nous pouvons vivre mieux. C’est pour cela qu’à mon sens, il faut d’abord parler du Brésil dont on ne veut plus.

Hôpitaux fermés, décharges à ciel ouvert

D’autres internautes ont eu la même idée et plusieurs vidéos ont été relayées sur Facebook avec le hashtag #OBrasilQueEuNãoQuero (« Le Brésil dont je ne veux pas »). La plupart des vidéos publiées concernent également de la santé. À Caràzinho, dans l’État du Rio Grande Do Sul, un internaute s’est ainsi filmé devant un nouveau centre de santé qui n’a jamais ouvert ses portes, faute de moyens. Selon plusieurs médias locaux, l’unité de santé de Caràzinho est pourtant prête depuis 2014. En juillet dernier, le journal O Globo (qui appartient au même groupe que TV Globo) comptait au moins dix centres de santé fermés dans cet État du sud du Brésil.

À Sao Paulo, la capitale économique, un autre utilisateur du réseau social dénonce également la fermeture « depuis plus d’un an », de l’hôpital de son quartier.

Certains ont choisi d’autres thématiques, comme cet habitant de la ville de Recife, qui a filmé une distribution d’aide alimentaire aux personnes démunies.

À Montes Claros, dans l’État du Minas Gerais, un internaute a de son côté dénoncé les décharges à ciel ouvert qui polluent son quartier. Selon lui, ce sont des habitants, mais aussi des entreprises industrielles, qui déposent illégalement leurs déchets dans son quartier. « Je ne veux plus de déchets devant ma porte ! », s’indigne-t-il.

Une chaîne à la ligne conservatrice

Une autre internaute est allée plus loin, profitant de cette « contre-campagne » pour dénoncer les médias proches du gouvernement actuel comme, selon elle, TV Globo.

Lors de la procédure de destitution contre Dilma Rousseff, l’ex-présidente révoquée au profit de l’actuel président Michel Temer, la chaîne avait en effet été accusée de partialité. De manière générale, ce média à la ligne conservatrice est souvent perçu comme un outil de propagande de la droite brésilienne.

observers.france24.com