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Entretien avec Valério Romão

Valério Romão - Photo : Vitorino Coragem

De la famille est un hypnotique recueil d’histoires familiales, tantôt touchantes, tantôt effrayantes, brodées avec virtuosité par l’un des auteurs les plus prometteurs de la scène littéraire portugaise.

Un chirurgien, devenu taxi, pose des diagnostics à travers son rétroviseur. Un père ressuscite sa femme décédée en son fils aîné. Un autre grossit, grossit, à la grande stupéfaction et fascination de ses proches…

Cap Magellan : Tolstoi, dans Anna Karénine, dit : “Toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille malheureuse l’est à sa façon.” La famille et ses travers sont des éléments-clés de votre œuvre. Qu’est-ce qui vous pousse autant à vous pencher sur la cellule familiale en crise?
Valério Romão : La famille est selon moi un grand laboratoire où l’on peut retrouver n’importe quel type de situation. N’importe quelle émotion.
De ce fait, comme il s’agit d’une zone de forte intensité, c’est l’espace où mon travail se fond le mieux. Je n’ai besoin ni de scénographie complexe, ni d’investigation historique. C’est un kaléidoscope qui me permet d’étudier toutes les facettes du comportement humain.

CM : Rogério, Marta, Henrique… On retrouve des personnages homonymes à ceux de vos romans. Ces textes ont-ils été des espaces d’expérimentation ou peut-on voir ces êtres d’encre comme des figures-types de votre univers ?
VR : Je n’aime pas donner de noms à mes personnages car j’ai tendance à m’attacher après à eux et prends ensuite l’habitude de les réutiliser. Dans ce cas, les nouvelles ont été écrites après Autisme et O da Joana [non traduit], mes deux premiers romans, et ne furent pas donc pas des espaces d’expérimentation. Elles ne le sont presque jamais. Elles vivent pour et par elles-mêmes.

CM : Ces nouvelles ont été d’abord publiées dans diverses revues littéraires (Granta, Egoista…). Quel est l’impact de ces espaces de divulgation sur votre travail?
VR : Granta Portugal a été très important dans la divulgation de mon œuvre. A l’époque, je n’avais publié qu’Autisme quand Carlos Vaz Marques, l’éditeur de Granta, m’a convié sans hésiter à écrire pour le premier numéro. De là est né De la famille car j’ai écrit bien plus qu’un seul texte ! J’ai écrit près de soixante pages de nouvelles.

CM : Chaque nouvelle (ou presque) est dédiée à un artiste, très souvent en lien avec votre maison d’édition portugaise, Abysmo. Un hommage à votre famille de plume?
VR : Oui, un hommage à la famille d’écrivains que je connais et admire. Certains font partie d’Abysmo, d’autres n’ont rien à voir avec la maison.

CM : Vous êtes né en France. Gardez-vous quelques souvenirs? Quels livres français vous ont marqué?
VR : J’ai de nombreux souvenirs liés à la France, pas forcément de très bons. Je ne me sentais pas vraiment apprécié, ni accepté du fait d’être portugais. Malgré mon manque d’accent et le fait que je sois né et scolarisé en France, mon nom me trahissait. Ce n’était pas facile de me faire des amis. Je pense que je me suis réconcilié avec la France quand les gens se sont intéressés à qui j’étais, après la parution d’Autisme, et non à ce que mon passeport disait de moi. Lors de mes dix années passées en France, je n’ai pas eu grand contact avec sa littérature. J’ai commencé à la découvrir au Portugal.

CM : Enfin, morts ou vivants, avec qui aimeriez-vous dîner ?
VR : Virginia Woolf, Marcel Proust, Robert Musil.

Cap Magellan remercie Valério Romão pour sa disponibilité.

De la famille, Valério Romão,
Traduit par Elisabeth Monteiro Rodrigues,
Editions Chandeigne

Ana Torres
CAPMag 275