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Interview avec Henrique Rodrigues, auteur d’ «Au suivant»

Henrique Rodrigues publie au Brésil depuis bientôt 10 ans: de la poésie, des livres pour enfants, des anthologies de contes, etc. C’est en approchant la quarantaine qu’il s’est décidé à écrire un roman.

Pour «Au suivant», Henrique a trouvé qu’il serait intéressant de reprendre ses expériences d’adolescent et parler d’une époque qui n’existe pas beaucoup dans la littérature contemporaine brésilienne,  les débuts des années 1990. C’était une période très difficile, surtout pour les plus pauvres.

La famille d’Henrique était très pauvre et, ayant vécu ces difficultés, il a choisi de nous apporter cette période sur ce roman. L’ambiance de Fast-Food avec ses odeurs, bruits, mouvements et différences hiérarchiques, il la connait bien: Henrique a travaillé au McDonald et 6 ans à l’accueil d’un vidéoclub pendant qu’il faisait ces études de Lettres. C’est pour cela qu’Henrique décrit si bien la vie d’employée dans «Au suivant». Mais ce n’est pas la seule raison : Henrique pense qu’il est nécessaire de donner une voix à tous ceux qui ne se font pas entendre. Les personnes, qui occupent ces emplois-là, sont celles des périphéries, celles qui ne sont pas assez représentées, ni dans la vraie vie, ni dans la fiction.

 

Cap Magellan: Comment vous avez découvert le gout pour l’écriture ?

Henrique Rodrigues: J’ai toujours été curieux et cette curiosité s’est toujours manifestée d’une façon un peu plus exagérée que le normal. Je n’ai pas grandi avec des livres: j’ai découvert la lecture à l’école publique, là où  j’ai appris à bien écrire.

Quand j’étais adolescent, j’aimais beaucoup la poésie. J’avais l’habitude de faire une chose qui va sembler bizarre aux Français : j’avais découvert que les filles aimaient la poésie, alors j’ai appris par cœur des poèmes d’auteurs brésiliens très connus (comme Vinícius de Moraes, par exemple), je les récitais aux filles que j’aimais bien en leur disant que c’était moi qui les avais écrits ! (ça marchait  une fois sur trois, mais bon, ça m’a aidé !!!)

Le gout pour la lecture m’a poussé à faire une faculté de Lettres. Personne dans ma famille n’a fait d’études supérieures et ils ont tous trouvé ça étrange! (La même chose se passe dans le livre !)

 

CM : Le livre ne serait pas un peu une autobiographie?

HR : Non! J’ai été beaucoup plus heureux que le personnage du livre !  Il y a cette idée que pour être heureux il faut avoir de biens matériaux, ce qui est complètement faux !  Je n’ai pas eu beaucoup de choses en étant jeune, mais qu’est-ce que j’étais heureux, j’ai même des « saudades » de cette époque!

 

CM : Comment s’est fait votre parcours après vos études ?

HR : Donc j’ai fait des études de Lettres parce que je croyais que là j’aurais l’espace pour connaître les techniques pour savoir écrire mes propres compositions de poèmes, je ne pouvais plus copier les autres, au bout d’un moment les filles avaient déjà compris ce que je faisais !!

J’ai connu à la fac une ambiance très agréable : des jeunes qui partageaient les mêmes gouts et intérêts que moi. La fac a été pour moi la découverte de ma vocation: aujourd’hui je travaille dans le département de littérature du SESC (Service Social du Commerce) à Rio.

La littérature a été le chemin que j’ai trouvé pour donner du sens à ma vie. Je ne sais pas ce que je ferais aujourd’hui sans ça.

 

CM : Vous écrivez plus de roman ou de poésies ?

HR : J’ai publié un livre de poésie et un roman. La poésie est une très bonne base, mais c’est vrai que j’ai plutôt écrit de la prose.

 

CM : Vous avez des nouveaux projets en vue ?

HR : Oui, en ce moment je travaille sur un nouveau roman qui doit sortir l’année prochaine. Ce sera plutôt un polar, mais je ne sais pas encore vous dire exactement ce que ça sera ! Vous savez je dois encore «masser » le texte. Vous voyez, pour moi le texte, c’est comme une pâte  à pizza : je le lance à droite, à gauche, je l’élargie et coupe comme un pizzaiolo ! Pour moi, le plus important c’est le résultat final !

Je travaille aussi sur un livre pour enfant !

 

CM : Qu’elle est la sensation de voir votre livre traduit en français et un public français intéressé par ce que vous produisez ?

RH : Je suis très heureux ! Vous n’imaginez pas le bonheur que c’est pour ma mère de me savoir au Salon du Livre à Paris!!

Je sais aussi que je ne suis pas ici tout seul. Je représente l’école publique brésilienne et tous ceux qui sont de la périphérie de Rio de Janeiro. Je représente aussi les mêmes personnes que Marielle Franco représentait.

Nous sommes tous contre la violence, contre les violences. C’est la littérature, la lecture et un bon système éducatif qui sont les armes contre la violence. Beaucoup de personnes ne savent pas le pouvoir qu’elles ont entre leurs mains. Cela ne sert à rien de faire des interventions militaires ; c’est comme rincer des glaçons. La littérature peut et doit être une arme pour lutter contre la mort.

 

 

 

Découvrez « Au suivant », roman qui décrit les difficultés des jeunes brésiliens de la périphérie, sur :

https://www.anacaona.fr/boutique/au-suivant-fastfood-temoignage/

 

 

 

 

Cap Magellan Remercie Henrique Rodrigues de sa disponibilité pour cet entretien!

 

 

 

Florence Oliveira