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Interview avec Boss AC

Son nom est Ângelo César do Rosario Firmino, mais tout le monde le connaît sous son nom de scène Boss AC. Figure emblématique du Hip Hop portugais, il a notamment participé le 8 mars dernier au concert légendaire sur l’histoire du genre musical à Lisbonne. Cette interview a été menée dans l’optique de faire la promotion du concert du 13 avril, qui a depuis été annulé.

 

Nous avons eu l’occasion de discuter un peu avec lui sur son plus récent Album « A Vida Continua », le concert dans la capitale française le 13 avril et bien d’autres choses…

 

L’album

Nous avons ainsi débuté notre interview par des questions sur son album le plus récent, sorti le 26 octobre 2018, mais aussi sur sa longue carrière qui en fait aujourd’hui un artiste lusophone incontournable.

Cap Magellan : J’aimerais commencer par vous poser quelques questions sur votre dernier album, sorti au mois d’octobre 2018. Est-ce qu’après des grands succès comme « Princesa », « Sexta-feira » « Tu és mais forte » et bien d’autres, vous ressentez une certaine pression quand vous travaillez sur de nouveaux projets ?

Boss AC : Pas vraiment… La seule pression que je ressens c’est celle que je m’inflige. Ces morceaux ne sont pas des préfabriqués, dans le sens où je ne peux pas deviner si une musique va devenir ou non un succès commercial. La seule façon pour moi d’obtenir de pareils titres, c’est en travaillant avec le même sérieux et le même enthousiasme. C’est en donnant le meilleur de moi-même que je peux espérer que les choses se passent bien. La pression est donc relative, puisque je ne souhaite jamais faire une réplique de ce qui a déjà été fait. Certes, je veux que les musiques plaisent, mais je ne souhaite pas faire un « Princesa n°2 », je cherche toujours à proposer et faire quelque chose de nouveau. C’est peut être parce que j’ai cette façon de penser que lorsqu’on regarde tout mon travail, on se rend compte à quel point chaque musique est différente et unique. « Sexta feira » n’a rien à voir avec « Tu és mais forte ». Bien sûr, le fil directeur et mon inspiration sont les mêmes, puisque je m’inspire très souvent de mon vécu, mais j’arrive toujours à un résultat nouveau.

Cap Magellan : Puisque nous parlons d’inspiration, quelle a été la source d’inspiration de ce dernier album ?

Boss AC : Comme le nom de l’album l’indique, je me suis inspirée de la vie et plus particulièrement de ma vie. Mes musiques et mes albums peuvent être perçus comme des portraits, des reflets d’un certain moment de mon existence, ou d’un évènement particulier. Cet album ne fait pas exception. J’ai passé 6 ans sans sortir de nouvel album, mais je n’ai pas arrêté de produire et composer des morceaux pendant ce laps de temps. J’ai certes été très occupé en faisant d’autres choses, mais ce sont justement tous ces moments que j’ai vécu pendant cette période qui sont le thème de mon nouvel album. Mon développement personnel, mes rencontres, mes relations, mais aussi mon parcours et mon évolution en tant qu’artiste, tout ça a servi de base à l’album. J’ai essayé de trouver un équilibre entre mes racines musicales, celles qui apparaissent peut-être plus au début de ma carrière, et des sons plus actuels.

Cap Magellan : Vous vous inspirez donc beaucoup de votre vie et de vos expériences professionnelles. On pourrait presque dire, dans ce cas, que chaque musique est une photo d’un moment de votre vie. Quelle est alors la musique qui occupe une place très spéciale dans votre coeur ?

Boss AC : On me fait très souvent cette question… et j’ai presque l’impression qu’elle revient à demander à un parent quel est son enfant préféré. C’est donc très difficile de répondre… Ce que je peux dire, c’est qu’il y a certaines musiques qui me marquent plus ou qui m’ont davantage influencé. Certaines chansons ont donc une signification particulière pour moi, mais je ne peux vraiment pas choisir entre elles. Si je réduisais le choix à cet album en particulier, pour beaucoup de raisons, je choisirais le morceau qui en donne le nom « A vida (ela continua) », mais j’insiste sur le fait que ce choix ne veut pas dire pour autant que c’est ma musique préférée. Disons qu’elle a une histoire particulière qui la rend vraiment sentimentale à mes yeux.

Cap Magellan : Vous dédiez très souvent des musiques à des membres de votre famille, notamment à vos filles. Est ce que vous souhaitez dédier cet album à une personne en particulier ?

Boss AC : Il y a une dédicace à mes filles à la fin de l’album, mais je dirais de manière plus générale que cet album est dédié à toutes les personnes qui sont importantes dans ma vie : membres de ma famille, amis, mais aussi et comme toujours aux personnes qui aiment Boss AC.

J’essaye d’éviter le mot « fans », et je préfère plutôt penser à ces personnes comme à des amis, même si on ne se connait pas personnellement. C’est grâce à ces personnes que je suis encore là après tant d’années et c’est donc à eux que je dédis ma musique.

Cap Magellan : Pendant la préparation de cet album, avez-vous eu des doutes ?

Boss AC : L’une des choses que j’ai appris au long de toutes ces années, c’est que je ne peux pas et je ne dois pas forcer l’inspiration. L’inspiration est volatile : un jour je peux écrire une musique, mais je peux aussi passer par une phase sans inspiration pendant des mois. Je peux passer des heures en studio sans qu’il ne se passe rien, et dans d’autres cas, quelques heures suffisent pour que je peaufine une musique du début à la fin, ce qui a été le cas notamment de « A Bala ». Cet album s’est fait naturellement dans le sens où j’ai travaillé comme je le fais d’ordinaire, en laissant les choses couler.

Cap Magellan : Est-ce que vous pensez qu’après toutes ces années et grâce à votre expérience, l’écriture et la composition sont devenues des choses plus naturelles et de plus faciles ?

Boss AC : « Je crois que j’écris moins, mais j’écris plus ». Dans ces paroles, j’ai tenté de parler du fait que j’exige beaucoup plus de moi-même quand j’écris. Je ne veux pas dire par là que je n’exigeais rien auparavant, mais après toutes ces années et après tant de morceaux différents, j’ai l’impression d’avoir dit beaucoup de choses et je ne veux pas être répétitif. C’est ainsi que parfois quand j’écris quelque chose, je me demande si je ne l’ai pas déjà dit ou alors d’une autre manière.

Je veux croire que j’écris mieux dans le sens où je prends plus de temps pour faire les choses, mais est-ce que les choses sont plus simples pour autant ? J’ai plutôt l’impression que justement les choses sont plus complexes maintenant justement parce que j’ai peur de me répéter.

 

Cap Magellan : Votre album est sorti en fin de l’année dernière, mais récemment, à la fin du mois de janvier, vous avez sorti une nouvelle musique « Catchupa Sab ». Comment vous est venue l’idée de cette musique dont le thème n’est pas du tout commun ?

Boss AC : Cette musique a une thématique beaucoup légère que le reste de l’album. L’album est un projet mature, avec des paroles très personnelles, ce qui en fait probablement l’un des albums les plus personnels sur lequel j’ai travaillé, alors que cette musique a été pensée pour s’amuser. On ne voulait pas trop réfléchir ou se prendre la tête avec ce morceau, et on a donc laissé les choses couler naturellement… Cette musique a une histoire très simple puisque je voulais depuis très longtemps travailler avec le groupe Supa Squad, dont je suis très fan avant d’être leur cousin. Un jour, l’un des membres m’a fait écouter une instrumentale que j’ai beaucoup aimé, qui a finit par devenir le « Catchupa ». A cette époque je ne savais pas encore ce que l’on allait faire, et je ne sais pas vraiment comment ni pourquoi j’ai commencé à chanter « Catchupa Sab » et ils ont aimé. On a ainsi travaillé sur la musique autour de ces mots et au final on a obtenu ce morceau qui marche plutôt bien. En concert, c’est une musique qui par ailleurs fonctionne très bien.

 

Cap Magellan : Vous collaborez souvent avec des artistes auxquels vous vous identifiez ou dont le travail vous plait. Mais comment vous sentez vous, en sachant que pour cette nouvelle génération vous êtes un exemple, et une figure emblématique ?

Boss AC : Je me sens honoré, mais il y a aussi une très grande responsabilité qui pèse donc sur mes épaules. C’est le revers de la médaille. Je tente de transmettre des conseils à ces artistes plus jeunes, mais je ne ressens pas une responsabilité qu’envers eux. Je sens qu’il y a une sorte de responsabilité aussi face au public. Beaucoup d’artistes sous-estiment souvent l’influence qu’ils peuvent avoir sur les personnes. Je perçois cette influence et j’essaye vraiment d’influencer de manière positive, en donnant le meilleur exemple que je peux.

 

Cap Magellan : La musique a-t-elle toujours été une vocation pour vous ?

Boss AC : Avec un peu de recul je me rends compte que la musique a toujours été une vocation, peut-être pas un objectif, mais elle a toujours été une vocation. Quand j’étais plus jeune j’avais vraiment des objectifs très différents. J’ai toujours été créatif, j’aimais beaucoup le dessin et la musique, mais j’avais l’ambition de devenir un scientifique. J’aimais beaucoup les sciences et les mathématiques, mes héros étaient des inventeurs… Edison et Da Vinci m’inspiraient, mais la vie a suivi une autre route et au final je me suis rendu compte que ce que je voulais vraiment faire, c’était la musique. En regardant en arrière, je ne regrette donc pas mes choix.

 

Le concert

Après en avoir appris un peu plus sur son dernier album, nous avons enchaîné avec quelques questions sur le concert du 13 avril.

 

Cap Magellan : Le 13 avril, vous allez vous produire sur la scène de la Cigale. Comment vous sentez vous à seulement quelques semaines de ce concert ?

Boss AC : J’ai beaucoup d’attentes pour ce concert. J’ai eu pas mal d’opportunités de venir à Paris, et je me suis même déjà produit à quelques occasions, dont notamment lors du Gala organisé par Cap Magellan à la fin de l’année dernière. Cependant, cette fois, c’est la première fois que je me produis en solo, en tant que Boss AC avec mes musiciens, sur une scène aussi mythique que la salle de concert La Cigale. Je n’ai aucun doute sur le fait que ça va être une soirée inoubliable. Cette soirée va surement être l’occasion pour beaucoup de me connaître ou de me voir pour la première fois sur scène. J’ai vraiment hâte d’être au 13 avril pour faire la fête avec toutes les personnes présentes.

 

Cap Magellan : Le concert a lieu à Paris et il est plus que probable que certaines personnes présentes dans la salle ne soient pas lusophones. Pensez-vous qu’il est différent de chanter face à un public qui comprend les paroles, et chanter devant un public qui ne peut pas comprendre les paroles ?

 

Boss AC : Ma musique est 50/50 dans le sens où j’essaye de faire un équilibre entre la musique et les paroles. Je donne beaucoup d’importance aux paroles que j’écris et l’expérience sera donc sans aucun doute différente pour quelqu’un qui ne comprend pas la langue. Néanmoins la musique est universelle. Si on aime quelque chose, ce n’est pas juste à cause de la langue, on peut donc écouter quelque chose sans comprendre pour autant les paroles. Pour moi, c’est un challenge, parce que rares ont été les occasions de me produire face à un public qui n’est pas lusophone. Je pense que la majorité des personnes présentes à ce concert sera lusophone, mais je pense aussi et j’espère qu’il y aura un public non lusophone, un public qui sera donc curieux d’écouter ce qui se fait au Portugal.

 

Cap Magellan : Passons à une question un peu plus technique maintenant. Comment choisissez vous les musiques que vous allez interpréter sur scène ?

Boss AC : C’est un processus très délicat qu’il faut faire avec beaucoup d’attention. Après tant d’années, et de musiques, il y a des morceaux qui deviennent « obligatoires », dans le sens où l’on ne peut pas les laisser de côté pendant un concert. A l’inverse, il y a certaines musiques que l’on aimerait choisir, mais que l’on ne peut pas jouer sur scène car il faut se mettre à la place du spectateur. Il faut s’imaginer ce qu’une personne qui n’a jamais vu Boss AC en concert pourrait attendre. Cette personne risque d’être très déçue si elle n’entend pas certains morceaux le soir du concert. On essaye donc de faire de notre mieux pour sélectionner ces « incontournables ». Certes, beaucoup de musiques ne sont pas sélectionnées mais il faut choisir les succès des albums précédents, quelques musiques méconnues et enfin les musiques du nouvel album. Le but est donc d’arriver à un équilibre entre tous les albums, un équilibre permettant au spectateur de se faire une image générale de ma musique.

 

Cap Magellan : Imaginons maintenant qu’une personne venant à votre concert, n’ait jamais écouté un seul de vos morceau. Si vous pouviez lui conseiller 3 musiques, lesquelles conseilleriez vous ?

 

Boss AC : Cette question est très difficile. On m’avait déjà demandé d’en choisir une seule pour faire découvrir tout mon univers musical à quelqu’un et encore aujourd’hui j’essaye de trouver une réponse à cette question… Si je devais en choisir 3… Ça pourrait être « Hip Hop » pour montrer un certain aspect de ma musique, « Sexta feira » pour dévoiler un autre côté de mon univers, et « Princesa » par exemple. Mais j’aurais pu en choisir une autre vingtaine.

 

Festival da Canção

Pour terminer notre interview, nous avons interrogé Boss AC sur sa participation au Festival da Canção en tant que parolier de la chanson « Perfeito », interprétée par Matay, avec qui le rappeur avait déjà travaillé lors de son dernier album.

 

Cap Magellan : Comment avez vous été contacté pour ce projet ?

Boss AC : Pour être totalement honnête, j’avais déjà été invité plusieurs fois par la chaîne RTP pour intégrer le festival, mais j’ai décliné ces 3 invitations. La vie cependant connaît des tournants et j’ai fini par intégrer cette aventure. Je connaissais déjà Matay et je l’avais invité à participer sur mon dernier album pour le morceau « Por favor (diz-me) ». Tiago Machado est un ami et pianiste depuis 14/15 ans, il a connu Matay pendant la fête du Avante où je me suis produit avec lui. Au final, Tiago Machado qui avait été invité par la chaîne RTP pour participer au festival m’a demandé le numéro de Matay, sans que je sache pourquoi. De mon côté j’ai aussi contacté Matay pour lui parler de mon invitation au Festival et j’ai appris que Tiago m’avait devancé. Finalement, j’ai été invité par Tiago pour écrire les paroles de la chanson et je pense que les choses n’auraient pas pu mieux s’aligner. Nous sommes très satisfaits de notre travail. Nous sommes très fiers de la musique, des paroles et de l’interprétation. Peu importe le gagnant le soir du Festival, nous sommes heureux que notre chanson se retrouve déjà en finale.

 

Cap Magellan : Pensez-vous que les musiques qui ont été sélectionnées lors des deux demi-finales représentent bien ce qui se fait au Portugal en ce moment ?

Boss AC : Il n’y a pas de doute sur le fait que les 8 morceaux en finale sont très différents. Il va revenir au public et au jury d’endosser le rôle difficile de choisir la musique qui va représenter le Portugal à l’Eurovision 2019. Peu importe le gagnant, il sera méritant et la seule chose que nous voulons, c’est que la musique portugaise soit bien représentée le soir de l’Eurovision.

 

Cap Magellan : Cette musique a encore une fois été inspirée par vos filles, mais chaque personne impliquée dans le projet s’est cependant reconnue dans vos paroles.

Boss AC : J’ai deux filles, Matay a deux fils, Tiago a deux fils, et tous ont à peu près le même âge. J’ai écris les paroles en pensant à Matay, j’ai ainsi pris en compte non seulement mon avis mais aussi l’avis le Tiago et Matay. Je voulais ainsi faire une musique dans laquelle ils auraient pu se reconnaître et moi aussi. Quand j’ai envoyé les paroles pour la première fois, je leur ai donc demandé de penser à leurs enfants en écoutant la démo. Il a été ensuite inutile de dire autre chose.

 

Les mots de la fin !

Cap Magellan : C’est peut être précipité de demander ça, mais avez-vous déjà des futurs projets ?

Boss AC : J’aimerais retourner très prochainement en studio. J’ai une série d’idées qui fourmillent dans mon esprit. Je n’ai pas de date à annoncer, mais je veux d’ores et déjà commencé à travailler sur ces nouveaux projets.

Cette interview a été menée dans l’optique de faire la promotion du concert du 13 avril, qui a depuis été annulé.

Lurdes Abreu
capmag@capmagellan.org

 

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