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Le tohu-bohu européen  ou la non-démocratie européenne

Plus de panique à bord !

Nos Vingt-Huit capitaines ont enfin choisi leur pilote ! Mais voyons si le reste de l’équipage considère notre candidate apte à éviter l’iceberg.  Les dirigeants européens ont eu besoin de trois sommets du Conseil pour trouver un consensus quant à la désignation d’un candidat au poste de président de la Commission européenne pour la prochaine mandature (2019-2024). Outre la tête de la Commission, les chefs d’Etat ont négocié les présidences du Conseil européen, du Parlement et de la Banque Centrale européenne ainsi que la place du Haut représentant pour les Affaires étrangères et de la Politique de Sécurité. Il s’agit des fameux « top-jobs ». Finalement, aucun des « spitzenkandidaten » qui s’étaient présentés aux dernières élections européennes ont été nommés à l’un de ces postes. Au final, le Conseil a désigné la ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, pour prendre les rênes de la Commission. Je souligne que celle-ci est quasi inconnue du peuple européen, hormis des allemands et quelques curieux, et n’a jamais été mentionnée pendant la campagne des élections européennes comme potentielle candidate à la présidence de l’exécutif européen. Mais pourquoi le Conseil a-t-il désigné une femme méconnue au poste clé de l’UE ? Pourquoi ne pas prendre en compte le vote des citoyens en désignant l’un des têtes-de-listes ? Encore une fois, le Conseil européen démontre n’être qu’une institution inutile bloquant l’épanouissement de la démocratie. Là, on délibère selon les intérêts nationaux au détriment de l’intérêt commun des citoyens européens…

Maintenant que le Conseil a proposé une candidate, le Parlement européen devra l’élire… ou non. Depuis le traité de Lisbonne, le candidat à la tête de la Commission est désigné à la « majorité qualifiée » par le Conseil « en tenant compte du résultat des élections » européennes au Parlement. En 2014, cet aspect avait influé sur l’élection de Jean-Claude Juncker, tête-de-liste du PPE, parti gagnant. En 2018, Juncker ainsi qu’une partie du Parlement soutenaient l’application du système des « spitzenkandidaten » aux élections européennes. Le « spitzenkandidat » du parti arrivé en tête aux élections deviendrait automatiquement le président de la Commission. Mais petit bémol ! Si ce principe s’appliquait, le Conseil européen perdrait la mainmise sur le choix du « top-job » de l’Union européenne et verrait son influence diminuée mais permettrait de démocratiser un peu plus l’Union.

Le Conseil européen aurait pu choisir l’un des têtes-de-liste des trois premiers partis : Weber (PPE), Timmermans (S&D) ou Vestager (ALDE). L’illusion d’une démocratie européenne aurait été sauvegardée. Or, les ambitions et intérêts nationaux ont parlé trop forts. Que les dirigeants européens populistes bloquent les négociations, on s’y attendait – le groupe de Višegrad s’est foncièrement opposé à la désignation de Timmermans, notamment à cause de ses critiques et procédures lancées pour le non-respect de l’Etat de Droit. Mais la palme d’or du puérilisme et égocentrisme revient tout naturellement au couple franco-allemand. Le président Macron n’a pas soutenu le candidat allemand du PPE, Manfred Weber, lors du premier sommet du Conseil le 21 juin et cela a empoisonné les négociations du début à la fin, les allemands restants fermes sur leur position d’avoir un conservateur allemand à la tête de l’institution. Et ce fut le cas, seul le sexe de la personne changea. Pendant des mois, on a entendu « L’Europe a besoin de changement ». Donc, on choisit une candidate non-légitime et conservatrice à la tête de l’exécutif européen. Bref, l’UE c’est quoi ? Du tapage et du bazar pour au final… Ne rien changer.

 

Adeline Afonso, autrice fédéraliste, libérale et indépendante
Ceci est un article d’opinion qui n’engage pas Cap Magellan
capmag@capmagellan.org

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