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Le Portugal ne vendra pas sa collection de Joan Miró

Aucune indemnisation ne sera versée à la maison Christie’s pour l’annulation de la mise aux enchères des 85 œuvres du peintre espagnol appartenant à l’État portugais. Retour sur trois ans d’affrontement politico-judiciaire.
Le gouvernement socialiste du Portugal a conclu un accord avec la maison d’enchères londonienne Christie’s, pour abroger un contrat controversé prévoyant la vente d’une collection de 85 œuvres de Joan Miró détenue par l’État. Aucune indemnisation n’aurait été versée, selon le ministère des finances. Cette annulation définitive de la vente sous le marteau des œuvres de l’artiste espagnol met fin à une querelle politico-judiciaire qui durait depuis trois ans
Joan Miró (1893 – 1983) peintre, sculpteur, graveur et céramiste de nationalité espagnole
Le précédent gouvernement de centre droit avait cherché à se défaire de cette collection pour renflouer les caisses de l’État, mais il avait été confronté à plusieurs recours déposés par l’opposition de gauche, dénonçant «une vente au rabais» du patrimoine du pays.
«Ce n’est pas la priorité du Portugal de garder une collection de cette dimension d’un grand peintre espagnol du XXe siècle», avait argué Jorge Barreto Xavier, secrétaire d’État à la culture, en 2014.
Refroidie par ces démêlés judiciaires, la maison Christie’s avait annulé in extremis une première vente aux enchères des œuvres, prévue en février 2014 à Londres, avant d’en programmer une autre pour juin de la même année, qui a fini par être également reportée.
LES tableaux sont exposés à la Fondation Serralves à Porto

D’une estimation globale, en 2014, de 30 millions de livres (36,4 millions d’euros), la collection était devenue propriété de l’État portugais après la nationalisation en 2008 de la banque BPN, en faillite après des opérations frauduleuses. Ce sauvetage avait creusé un trou de 4 milliards d’euros dans les caisses de l’État. La vente des tableaux avait pour objectif de juguler un tant soit peu la dette publique.
Portrait d’une jeune fille, 1919
Après l’annulation de la vente par Christie’s, les œuvres étaient retournées au Portugal où elles ont été déposées dans les locaux de la banque publique Caixa Geral de depositos (CGD). Arrivé au gouvernement en novembre 2015 grâce à une alliance avec des partis de la gauche radicale, le Premier ministre Antonio Costa avait annoncé en 2016 que la collection Miro resterait «définitivement» au Portugal.
Depuis octobre dernier, les 85 tableaux, dessins, tapisseries et sculptures datant de 1924 à 1981 sont exposés à la Fondation Serralves à Porto (nord). Ouverte jusqu’au 4 juin, l’exposition «Joan Miro: matérialité et métamorphose» a franchi fin janvier la barre des 100.000 visiteurs.
Selon les spécialistes du marché, vendre autant d’œuvres de Joan Miró, pas toujours de la meilleure période, était une pure folie. Après des records en 2012 (20,2 millions d’euros pour Le corps de ma brune, de 1925, une des meilleures périodes), la cote avait connu un fléchissement.
Dans cet ensemble qui aurait dû se vendre à Londres, nombre de pièces étaient plus tardives. Hormis quelques lots comme un dessin au crayon rehaussé de couleurs de 1924, dans une veine surréaliste, le reste n’était pas du goût des amateurs pointus du peintre. Un tel afflux d’œuvres de bien moins belle facture aurait eu, selon des connaisseurs, un impact négatif sur son marché.

Source : lefigaro.fr