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Smells like teen spirit, fragments 1 à 101

En 1993 : Le groupe de grunge Nirvana passe au Brésil pour un concert exceptionnel. Musicien amateur de rock, un jeune homme décide d’y assister avec Valéria, sa petite amie, son premier amour, quitte à devoir déserter la caserne dans laquelle il fait son service militaire pour une nuit. Un acte d’amour, de rébellion qui ne sera pas sans conséquences.

1994 : Après un départ précipité à Londres, notre héros ordinaire réchappe d’un accident de voiture qui brisera son corps. La même année, Kurt Cobain plonge ses fans dans une profonde tristesse en se donnant la mort dans sa maison à Seattle. En parallèle, les tensions montent entre les Hutus et les Tutsis au Rwanda. Surviendra alors l’un des plus grands massacres que l’histoire ait pu connaître. Une jeune femme, Immaculée Ilibagiza, racontera des années plus tard à notre mélomane devenu journaliste comment elle a survécu au génocide en se cachant dans une salle de bains pendant 90 jours.

Après l’excellent Journal de la chute où s’entremêlent plusieurs générations d’hommes marqués tant par des tragédies universelles comme la Shoah que des drames personnels tels que la chute d’un enfant lors d’une bar-mitzvah ou l’expérience de l’alcoolisme suite à un divorce, Michel Laub persévère dans sa volonté de mêler la petite et la grande histoire dans un roman fragmentaire qui nous plonge dans les années 1990. Ce second tome d’une trilogie qui a commencé dans les années 1980 et qui se terminera dans les années 2000, chronique des émois de l’adolescence et de la maturité difficile de personnages héritiers des traumatismes de l’histoire contemporaine, est un véritable travail de mémoire. Mêlant le réel et le fictionnel, les genres du journal intime et de l’essai, l’auteur né à Porto Alegre, et considéré par la revue britannique Granta comme l’un des auteurs brésiliens les plus prometteurs de notre temps, dresse une puissante réflexion sur la survie ; celle de l’homme en proie aux drames de la vie ; celle de la mémoire qui ne disparaît pas tout à fait ; survivre après un traumatisme et croire encore en l’humanité après le pire. A travers le personnage d’Immaculée, figure de résilience et d’espoir, Michel Laub incarne une génération nourrie au désenchantement matérialisé par ce courant musical de révolte et d’anarchie qu’a été le rock grunge, mais qui croit encore et toujours en des lendemains meilleurs, malgré l’adversité et le chaos ambiant. Avec Drain you en fond sonore, La pomme empoisonnée est un cri passionnel : aimer un homme, une femme, une chanson, une idée, avec l’espoir de redécouvrir un monde envenimé mais toujours vivant.

La pomme empoisonnée, Michel Laub, traduit du portugais par Dominique Nédellec, Buchet-Chastel.

Ana Torres

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