
L’ULFE de Dijon : un pilier de la communauté portugaise
12 mai 2026L’entreprise Astrolab a été fondée par Paulo do Fundo et Lino Braz le 8 mai 2025. Implantée au Portugal, elle fabrique des vêtements 100% portugais. 1 an après, ils présentent à Cap Magellan et ses lecteurs un premier bilan, tout en se projetant vers leurs objectifs futurs.
Cap Magellan : Depuis quand l’entreprise existe-t-elle ? Comment a-t-elle vu le jour ?
Paulo do Fundo : Lino a les idées et j’essaie de les mettre en place. C’est parti d’un petit délire. Au Portugal, il y a beaucoup de rivalités entre les villages. Un soir, Lino participait à une discussion animée mais amicale avec des personnes d’autres villages. La discussion consistait à les comparer et Lino a terminé en affirmant que notre village « était le monde ». On l’a donc transformé en Portugal é o mundo. J’ai trouvé que c’était une idée fantastique parce qu’on a cette envie de représenter le Portugal ailleurs que là-bas. On a envie de diffuser le plus loin possible ce slogan qui nous tient tant à cœur. Le Portugal a été l’une des plus grandes puissances mondiales avant de s’éteindre. Notre objectif est de retransmettre le plus possible cette grande épopée pour donner de l’importance à ce pays qui peut être petit en taille mais qui a un cœur énorme. Le portugais est présent dans tous les continents donc on pensait que ça pouvait donner l’envie de représenter notre pays.
On a commencé à remplir les documents obligatoires en mars 2025 puis la société a été officiellement créée le 8 mai de la même année. À partir de là, tout est allé très vite. On est très fiers du parcours jusqu’ici mais on a encore plein de choses à accomplir.
CM : Y a-t-il d’autres personnes derrière le projet ? Des salariés ?
Paulo do Fundo : Non, nous n’avons pas encore de salariés. Pour gérer la marque de vêtements, nous ne sommes que tous les deux. On est les « têtes pensantes ».
Au-delà de ça, il y a un projet qui nous tient à cœur et qui va révéler une technologie encore inexistante. Cette technologie représente l’origine de la création de notre société car il lui fallait un support. On a choisi une marque de vêtements parce qu’on aime les vêtements. On a souhaité faire connaître Astrolab à partir de la collection Portugal é o mundo avant de passer à la seconde étape. On est très fiers de pouvoir concevoir les choses, apporter des choix et être à fond sur le détail parce qu’on aime les produits bien faits. Quand on voit quelqu’un porter notre collection, cela nous touche beaucoup. De plus en plus de clients nous envoient des photos de n’importe où dans le monde et ça nous fait vraiment chaud au cœur.
CM : Combien d’usines avez-vous au total ?
Lino Braz : Pour l’instant, une seule au Portugal. On va essayer de travailler avec d’autres artisans. Le principal fournisseur est à Barcelos et tout se passe bien. Il nous confectionne tout avec des produits locaux et artisanaux. On fait très attention à l’environnement et à la proximité des matériaux. Faire venir des tissus de plus de 2 000 km pour faire un tee-shirt, c’est aberrant donc rester local est une priorité.
Pour faire connaître notre marque, on essaie de se diversifier. Paulo et moi avons eu l’idée de coopérer avec une chanteuse : Tereza Carvalho. On a réussi à créer une chanson, dont la particularité est la suivante : c’est la première fois qu’une chanson porte le nom d’une collection. Cette collaboration montre notre volonté d’innover pour développer Astrolab.
CM : L’offre de collections est encore assez restreinte. Comptez-vous l’élargir dans les mois et années à venir ?
Lino Braz : Oui, on va essayer de se diversifier. Néanmoins, développer plusieurs produits coûte beaucoup d’argent. Certes, nous sommes une petite entreprise mais, contrairement à beaucoup d’autres entreprises, le colis part souvent dans la journée. C’est un aspect qui nous différencie de nos concurrents.
Paulo do Fundo : On veut élargir notre panel de produits. Il y a peu de temps, on a trouvé une fabrique de casquettes au Portugal. C’est parfait puisqu’elle nous permet de rester dans notre conviction de produire uniquement portugais. On ne veut pas lésiner là-dessus. Certes, on paye plus cher mais c’est une fierté de savoir que c’est du made in Portugal. On ne veut pas opter pour autre chose parce que c’est notre force. Si on veut représenter le Portugal, quoi de mieux que d’être fabriqué là-bas ?
CM : Pourquoi avoir choisi le nom Astrolab ?
Paulo do Fundo : C’est très simple. Le Portugal était l’une des plus grandes puissances au monde. Au XVe et au XVIe siècles, nos navigateurs utilisaient l’astrolab, instrument qui permettait à l’époque de se diriger à travers les mers par rapport à la localisation de la Lune et des autres étoiles. C’est un instrument qui n’existe presque plus aujourd’hui. C’est moi qui ai un petit peu insisté sur ce mot parce que j’adore l’histoire et j’ai trouvé que ça serait très représentatif du Portugal.
CM : Est-ce que vous pouvez détailler la manière dont vous travaillez pour arriver à des produits 100% portugais ?
Paulo do Fundo : L’année dernière, quand on a décidé de créer l’entreprise, on est allé démarcher des fournisseurs. J’ai eu quelques contacts parce que, même si on vit en France, je connais pas mal de personnes au Portugal. On a demandé à obtenir des contacts de personnes sérieuses. Quand vous vivez à l’étranger, ce n’est pas toujours simple de pouvoir gérer quelque chose qui est si loin. On travaille à partir d’échantillons de tissus et de couleurs qu’on nous envoie et sur lesquels on fait des retours. On dit vraiment ce qu’on veut. Ensuite, on corrige au fur et à mesure. Pour être transparent, ça peut prendre trois à quatre mois avant d’obtenir un produit fini. Pour l’anecdote, on va sortir une nouvelle couleur. C’est une exclusivité et c’est encore une idée de Lino. Il s’agit d’un vert bien particulier. Actuellement, on est dans l’attente de recevoir l’échantillon.
Cette fabrication 100% locale repose aussi sur la confiance, absolument vitale pour pouvoir travailler. Je pense qu’on est tombé sur des gens sérieux. Ils s’appellent Tony et Lola. Bien qu’ils soient un peu plus âgés que nous, ils sont très accueillants et on a tout de suite accroché. C’est très important. La communication est bonne et on se parle régulièrement. C’est beau de pouvoir travailler avec des gens sérieux, et aussi « cools », qui vous donnent des idées. Le textile n’est pas notre milieu mais on n’a pas eu peur de taper dedans et foncer. On est des anciens. (rires) Bien qu’on ait aujourd’hui 50 ans, on est encore jeunes dans notre tête et ce sera visible dans les collections à venir.
CM : Y-a-t-il des collections qui vous ont rendu particulièrement fiers ?
Paulo do Fundo : Pour l’instant, on a notre collection Portugal é o mundo. Avant de développer la marque, il faut se faire connaître. Par conséquent, on a opté pour cette collection parce qu’il fallait d’abord taper « fort » dans notre communauté. Quand on n’est pas connu dans ce milieu-là, il faut commencer par quelque chose qui va taper à l’œil.
Par ailleurs, on parle de nous sur les réseaux mais aussi ailleurs. On en est très fiers. Je gère les réseaux sociaux et ce n’est vraiment pas simple. Une difficulté qui ne nous empêche pas d’y croire et de réaliser des associations pour lesquelles on cherche des personnes authentiques, malgré les réseaux sociaux où on est obligés d’« acter ». De notre côté, on reste naturel. Hier encore, j’ai des amis habitant à Madrid qui ont reçu leur commande et ils ont tout de suite pris des photos afin de nous les envoyer. Cela nous touche particulièrement.
CM : Quel est votre rapport à l’écologie ?
Lino Braz : Il s’agit d’un contrat moral avec l’entreprise. On fait entièrement confiance à l’entreprise pour essayer de produire avec le moins de CO2 possible. C’est un aspect que l’on ne peut néanmoins pas contrôler. On essaie de faire au plus simple, comme au niveau des commandes puisque quand on commande, on ne va pas demander qu’un seul T-shirt. On va essayer de se procurer un gros lot pour générer un minimum de transports et de gaz à effet de serre mais c’est compliqué. Nous n’avons pas la main là-dessus. On essaie aussi de travailler avec des produits très bons pour l’environnement mais qui coûtent plus chers, comme pour le bio.
Paulo do Fundo : Cela nous rassure de savoir qu’il n’existe pas de « petite main » comme dans les pays asiatiques par exemple. On est sûrs que ce ne sont pas des enfants à la production. Certes, il y a un prix à payer mais on l’accepte pour respecter des valeurs importantes telles que le respect des droits humains. C’est un contrat avec les usines. Ce sera la même démarche pour l’usine de casquettes qu’on vient de déceler. En effet, ce n’est pas simple de fabriquer des casquettes au Portugal car il n’y en a pas beaucoup… On a beaucoup cherché et analysé avant de trouver. On échange énormément et on partage notre vision des choses. On attend sous peu l’échantillon définitif.
CM : Comment voyez-vous l’expansion de plus en plus rapide du marché textile portugais, se transformant ainsi en un concurrent important du marché asiatique ?
Paulo do Fundo : Un dilemme se pose : est-ce plus important d’avoir un produit à bas coût fabriqué dans l’illégalité ou alors un produit plus cher mais fait avec des produits nobles et des parcours de fabrication éthiques ? Oui, cela a un coût mais on veut continuer à le payer parce que c’est notre référence. C’est une fierté de fabriquer exclusivement au Portugal. Peu importe les offres qu’on pourrait recevoir, on ne les acceptera pas si elles ne viennent pas de ce pays. Il y a aussi les crises et guerres actuelles qui poussent les grandes entreprises à changer leur mode de production en revenant à une plus grande proximité à cause de la hausse du coût du transport. France-Portugal, ce sont deux pays très proches et c’est un plus pour nous. On travaille avec de très bonnes sociétés de transport portugais. Bien que la main-d’œuvre soit plus chère, le transport est plus rapide, entraînant ainsi un gain de temps important. Le temps, c’est de l’argent.
Lino Braz : Si c’est possible, on va essayer de faire changer les mentalités : éviter d’importer des produits fabriqués sur un autre continent et se concentrer sur une production plus locale.
CM : Votre siège social est au Portugal. Remarquez-vous une différence sur les formalités administratives ? Est-ce plus simple aujourd’hui de s’implanter au Portugal qu’en France ?
Paulo do Fundo : On ne connaissait pas les lois mais on les apprend au fur et à mesure. Il faut aussi être bien entouré. On a eu un solliciteur à Bragança qui nous a beaucoup conseillé. Notre comptable, qui est à Porto, est aussi fabuleux et gère très bien ce qu’il doit gérer. Je pense que le Portugal est un petit peu en avance là-dessus. Il y a un système qui permet de recevoir par e-mail tous les papiers de référence, que ce soit pour la sécurité sociale ou les impôts.
On essaie d’alimenter la page Google pour préciser qu’on paye nos impôts là-bas et qu’on ne ment pas. C’est très important pour nous de garder cette ligne directrice car, aujourd’hui, on peut mentir pour gagner des clients. Heureusement, ce n’est pas notre objectif. On ne veut pas changer notre ligne directrice parce que c’est notre force qu’on va continuer à exploiter.
CM : Quels sont les objectifs d’Astrolab pour les prochaines années ?
Paulo do Fundo : Tout est allé très vite. La très belle rencontre avec Tereza nous a beaucoup apporté. D’une part, le fado et le Portugal sont un duo magique. Elle porte l’hymne « Portugal é o mundo » à merveille et on a pu accéder à la télé grâce à elle, dans l’émission Praça da Alegria . C’était génial.
Pour le futur, il y a une technologie qui est sur le point de sortir. Elle est créée et fonctionnelle mais il y a tous les petits détails industriels à régler. On pense se démarquer avec ça. C’est une technologie qui va permettre de rendre infalsifiable les vêtements. Elle n’est pas essentiellement visée au textile, puisqu’elle pourra ensuite être intégrée sur des objets. On est au-delà d’un AirTag et c’est une technologie qui est très importante. On souhaite la développer et, en même temps, la marque Astrolab, avec des produits différents. Des beaux jours arrivent. Une fois la technologie sortie, je pense qu’on va exploser en termes de visibilité.
Lino Braz : On avait besoin d’une marque de vêtements pour se faire connaître. Astrolab sera normalement la première marque au monde qui ne pourra pas être contrefaite. On peut changer le monde avec cette innovation parce que la contrefaçon nuit à beaucoup de personnes et de secteurs. Cela dit, on n’a pas toutes les cartes en main. Il faut aussi que les autres personnes croient en cette technologie.
CM : Auriez-vous un message pour les jeunes lusodescendants ?
Paulo do Fundo : Tout d’abord, on voudrait remercier Cap Magellan de nous avoir invités, mais aussi les féliciter. Pour moi, Cap Magellan, c’est la référence des associations qui veulent mettre en lumière les lusodescendants, mais pas uniquement. En tant que lusodescendants, c’est très important. Je suis enchanté de voir des jeunes et de parler avec vous. La relève est nécessaire et voir qu’ils s’intéressent à notre communauté nous fait plaisir. Merci de nous accorder un temps d’attention autre part que sur les réseaux sociaux. Bravo à vous pour tout le travail que vous faites et continuez comme ça. Merci à Cap Magellan !
Lino Braz : Merci Cap Magellan et surtout, les jeunes, croyez en vos rêves.
La chanson de Tereza Carvalho « Portugal é o mundo » est disponible ici. Retrouvez tous leurs produits et découvrez plus d’informations sur leur site internet. Ils sont aussi présents sur instagram, tiktok et joignables par mail.
Interview réalisée par Estéban Gaillard
et Julie Carvalho, de Os Cadernos da Julie.
Publié le 15/05/2026



