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25 mars 2026Le 5 mars 2026, l’écrivain et psychiatre António Lobo Antunes s’est éteint à Lisbonne à l’âge de 83 ans. Auteur d’une trentaine de romans et de plusieurs recueils de chroniques de presse, il était reconnu pour sa plume percutante, qui explorait avec ironie et sarcasme les conflits intérieurs de la société portugaise marquée par la dictature et la guerre coloniale.
« António Lobo Antunes a écrit toute son œuvre de romancier, mais aussi de chroniqueur, dans un registre de tendresse incisive, mettant côte à côte la douleur et l’échec des vies ordinaires avec les tragédies politiques, l’excès et l’empathie », a réagi l’ancien président portugais Marcelo Rebelo de Sousa.
D’une carrière de médecin…
António Lobo Antunes naît en 1942 dans le quartier de Benfica à Lisbonne, au sein d’une famille de grande bourgeoisie. S’il s’intéresse à l’écriture dès son plus jeune âge, il choisit de suivre les traces de ses aînés et entreprend des études de médecine à l’université de Lisbonne avant de se spécialiser en psychiatrie. Comme de nombreux Portugais de sa génération, il est mobilisé au début des années 1970 pour servir l’armée durant la guerre coloniale. Il est envoyé en Angola, pays dans lequel il exerce en tant que médecin militaire de 1971 à 1973. Une expérience qui le marquera au fer rouge.
De retour à la vie civile, António Lobo Antunes ouvre son cabinet de psychiatrie dans un hôpital de la capitale portugaise. Mais c’est aussi à cette période qu’il se plonge sérieusement dans l’écriture.
… à la naissance d’un écrivain
Son expérience pendant la guerre d’Angola inspire ses trois premiers romans : Mémoire d’éléphant (1979), Le Cul de Judas (1979) et Connaissance de l’enfer (1980). Ces ouvrages contribuent à le faire connaître au Portugal, puis à l’international. À partir de 1985, António Lobo Antunes se consacre entièrement à l’écriture. Il publie ensuite plusieurs romans, Le Retour des caravelles (1988), Le Manuel des inquisiteurs (1996) ou encore La Splendeur du Portugal (1997) pour citer les plus connus.
Traduit dans plus d’une trentaine de langues, son travail est largement diffusé à l’étranger, en particulier en France, où il est publié chez Christian Bourgois et aux éditions Métailié.
Pressenti pour le Nobel
Tout au long de sa carrière, António Lobo Antunes reçoit de nombreuses distinctions, dont le prestigieux prix Camões en 2007, la plus importante récompense littéraire de langue portugaise. Régulièrement pressenti pour le Nobel de littérature depuis des années, l’écrivain n’a toutefois jamais reçu cette récompense.
Malgré trois cancers desquels il s’était remis, il a continué à écrire mais avait récemment cessé de publier. Sa maison d’édition Dom Quixote, appartenant au groupe Leya, a néanmoins annoncé la publication en avril d’un recueil de poèmes écrits par António Lobo Antunes tout au long de sa vie.
Sandra Martins
Photo : By Georges Seguin (Okki) – Wikimedia
Article du Cap Mag d’avril 2026
Publiée le 25/03/2026
Recommandations de lectures :
Le Cul de Judas, António Lobo Antunes, Éditions Métailié
https://editions-metailie.com/livre/le-cul-de-judas/
Dans Le Cul de Judas, António Lobo Antunes s’inspire de sa propre histoire.
À Lisbonne, une nuit dans un bar, un homme rencontre une femme. Ils boivent et l’homme raconte
ses souvenirs comme médecin militaire pendant la guerre coloniale en Angola. Entre deux verres,
il lui confie sans retenue et sans complaisance son expérience traumatisante, la souffrance et
l’agonie des blessés, les relations détachées et froides avec les autres soldats, l’abus d’alcool, ses
liens avec la population locale et avec les femmes.
La Splendeur du Portugal, António Lobo Antunes, Christian Bourgois Éditeur
https://bourgoisediteur.fr/catalogue/la-splendeur-du-portugal/
À travers les monologues alternés d’une mère et de ses trois enfants, ce roman raconte le destin
d’une famille de colons portugais installée en Angola. Après la décolonisation, les enfants vivent à
Lisbonne, hantés par les souvenirs de leur enfance en Afrique et par la violence du passé colonial.
Tandis que leur mère reste seule dans la plantation en ruine, chacun replonge dans une mémoire
fragmentée où se mêlent nostalgie, honte et douleur.




