
Encontro Europeu de Jovens Lusos: a Covilhã está à tua espera !
16 juin 2026Francisco Tropa nous embarque dans son imaginaire. La galerie Jocelyn Wolff présente le deuxième volet d’une exposition débutée à Bologne. Avec MISS AMERICA Pauvre Capitaine et Naufrage Francisco Tropa développe l’allégorie maritime d’un navire en perdition.
De retour à la galerie Jocelyn Wolff ! Quelques mois après l’exposition consacrée à Manuel Alves, la galerie met de nouveau un artiste portugais à l’honneur. Nous nous sommes donc rendus à l’exposition MISS AMERICA Pauvre Capitaine et Naufrage de Francisco Tropa, en place jusqu’au 20 juin.
L’univers de Francisco Tropa est fait d’allusions, de métaphores et d’échos. L’artiste, représentant du Portugal à la Biennale de Venise en 2012, explore la thématique du naufrage dans la continuité des travaux qu’il a réalisés jusque-là. Le premier chapitre de MISS AMERICA, évoquait déjà l’univers maritime, notamment grâce à de grands draps tendus dans l’enceinte du Palazzo De’Toschi à Bologne. La notion de naufrage, à laquelle le portugais dédie ce nouvel opus est à interpréter dans son sens le plus vaste. Pour ce faire, l’artiste nous propose de revenir à la notion latine du naufragium, désignant l’avarie en mer mais invoquant également les notions d’accident et de chute incontrôlée.
Un univers sémantique déjà employé lors de son exposition Pirgo de Chaves, organisée à la Fondation Calouste Gulbenkian en 2019. Le Pirgo de Chaves, support aux jeux de hasard romains, récemment mis au jour par l’archéologie, consistait en une tour échelonnée dans laquelle les dés étaient jetés afin de garantir l’impartialité aux joueurs. Verticalité, chute, et fortune sont autant de prismes de lecture de l’œuvre de l’artiste.
Une mise en scène subtile
Lorsque l’on embarque à bord du MISS AMERICA, l’allégorie maritime est partout et nulle part à la fois.
Partout, jusque dans l’organisation même de l’espace. Grâce à une mise en scène subtile, chacune des œuvres de l’artiste portugais participe à transformer la galerie en une cabine de bateau en plein naufrage. Quatre cadres en bois parqueté évoquent les parois de celle-ci. Sur les murs de la galerie d’énigmatiques tableaux semblent offrir une vision brouillée sur l’extérieur, comme autant de hublots sur les abysses dans lesquelles s’enfonce le bâtiment.
Nulle part, car certaines œuvres semblent spontanément assez éloignées de l’univers maritime. La connaissance de l’univers de l’artiste permet de les y replacer entièrement.C’est par exemple le cas de la reproduction miniature d’un escalier en colimaçon : la chute, les marches, la spirale, sont autant d’élément évocateurs du naufragium.
D’autres œuvres évoquent plus directement le sujet, à l’image de Pierre et Coquillage les deux grandes statues de bronze qui occupent les espaces centraux de l’exposition. Ces statues, dégagent une poésie empreinte d’un certain romantisme. L’homme ne peut rien face à la nature et l’artiste se plaît à le rappeler avec un certain cynisme. Sur l’un des supports en bois, une « vanité » est représentée, d’un côté des fruits, de l’autre un squelette et l’inscription « Servem-se jantares / Reservado ».
L’univers de F. Tropa transparaît jusque dans les processus créatifs de l’artiste. Dernière vision d’un capitaine en perdition, les mystérieux tableaux qui ornent la galerie ont été réalisés grâce à une méthode de photo-gravure appelée cliché-verre. Grâce à ce procédé photo-sensible, l’artiste a fixé en négatif la fumée d’une lampe à pétrole. Artefact évocateur d’un univers maritime fantasmé, la lampe a également été reproduite pour l’exposition. Sombre, elle trône dans un coin de la pièce, comme un symbole de ce naufrage.
Retrouvez l’exposition à la Galerie Jocelyn Wolff
au 1 Rue de Penthièvre, 75008 Paris
Galdric Mayol
Photos : Vue de l’exposition – © Chloe Philipp
Article du Cap Mag de mai 2026 – Voir l’article ici
Publiée le 09/06/2026




