
Os Encontros Europeus de Jovens Lusos (EEJL) estão de volta!
19 février 2026Cap Magellan a eu l’opportunité de discuter avec Beatriz Batarda, marraine de la deuxième édition du Festival Olá Paris. Elle sera présente notamment pour le lancement le vendredi 6 mars et tout au long du festival pour échanger avec le public lors des conversations qui suivront les projections.
Cap Magellan : Merci Beatriz pour votre présence, comment vous sentez-vous ?
Beatriz Batarda : Merci à toi de m’avoir invitée à être ici pour parler un petit peu de ce festival qui est dans sa deuxième année, un festival bébé qui commence, qui essaie de grandir et de créer une relation avec un public génial mélangé, un public français et un public franco-portugais aussi. Je me sens très bien.
CM : Vous êtes la marraine de cette deuxième édition du festival. Qu’est-ce que cela représente pour vous d’accompagner un événement dédié au cinéma portugais à Paris ?
Beatriz Batarda : C’est un honneur, parce que je suis comédienne depuis toute jeune. J’ai commencé à travailler au cinéma quand j’avais 12 ans. Le cinéma, c’est quelque chose qui m’est arrivé. La profession que j’ai suivie, ce chemin comme comédienne, c’est quelque chose qui m’est arrivé, que je n’ai pas vraiment cherché ou désiré. Cela s’est passé comme un chemin très heureux. La construction a été très heureuse. J’ai eu l’honneur de pouvoir faire partie d’autres initiatives, comme être jury… Être une marraine, c’est quelque chose comme faire partie des grands, là maintenant.
CM : Dans la sélection de films de cette année, y a-t-il des thèmes ou des sensibilités particulièrement représentatifs de la société portugaise ou actuelle ?
Beatriz Batarda : Je pense que oui, de la société portugaise, mais aussi de l’Europe, de son histoire sociopolitique et climatique. Les thèmes portugais ne sont pas dissociés de ce qui se passe dans le reste de l’Europe. Le Portugal est un petit territoire, une frontière entre le Grand Atlantique et l’Europe. Une porte vers l’autre côté de l’océan. Une petite frange, avec des réalités très délicates et très importantes. On reçoit ce qui se passe en Europe et en Afrique du Nord comme une éponge : les questions de changement climatique, les migrations, etc. Tout cela vient s’arrêter au Portugal.
CM : Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération de cinéastes portugais ?
Beatriz Batarda : Nous sommes un pays constamment en transformation, très cosmopolite. Ces films transpirent cette fusion de cultures, d’échanges, de mélanges, de mouvements. Depuis les années 50-60, un voyage très représentatif a commencé. Malgré le fait que nous ayons toujours été un pays pauvre avec des difficultés à investir dans la culture, les efforts faits depuis les années 60 sont de grands efforts. Le cinéma a grandi, pas en quantité, mais en qualité. En ce moment, la génération qui tourne est très, très forte et très intéressante.
CM : Vous avez travaillé entre le Portugal et le Royaume-Uni. Comment percevez-vous la circulation des œuvres et des talents en Europe ?
Beatriz Batarda : Il y a des efforts pour faire circuler les talents, mais ce n’est pas évident. C’est plus facile pour les talents techniques que pour les comédiens. Quand la langue est la base du travail, comme pour les comédiens, ce n’est pas évident. Même si on apprend une langue, la relation à la parole dans sa langue maternelle a des liaisons émotionnelles très primitives dans le corps. Quand il n’y a pas d’histoire ni de lien affectif avec une langue, on n’arrive pas à appeler ce lien et cela appauvrit énormément le jeu. Sauf si l’on joue un migrant en difficulté avec la langue. Mais sinon, ce n’est pas évident.
CM : Comment le théâtre et le cinéma ont-ils façonné votre approche du jeu ?
Beatriz Batarda : Ce sont deux natures très différentes. Deux animaux différents qui réveillent des animaux différents en nous. Le théâtre dépend énormément de l’énergie, du sens du temps. La communication se construit sur le moment, même si elle est répétée. Le cinéma appelle une autre qualité : oublier la caméra, tromper la caméra. Il faut faire croire qu’on ne la voit pas. C’est un grand effort. La caméra voit tout. Au théâtre, la séduction fait partie de la fête. Au cinéma, elle doit être invisible et silencieuse.
CM : Vous avez tourné avec des réalisateurs aux sensibilités très diverses. Qu’est-ce qui est essentiel pour vous dans une collaboration artistique ?
Beatriz Batarda : La confiance. Il faut se sentir en sécurité. Au cinéma, on peut perdre la notion du danger, émotionnel et physique. Dans un cinéma plus petit, avec moins de moyens, certaines scènes dangereuses, on les fait vraiment. Si la sécurité n’est pas assurée, la relation de confiance est détruite et le comédien n’a plus la disponibilité de se rendre. Il faut aussi que le réalisateur fasse confiance au comédien, même s’il cherche encore au début.
CM : Vous serez présente pour les projections de 18 Buracos para o Paraíso de João Nuno Pinto et Le Vent qui siffle dans les grues de Jeanne Waltz. Qu’attendez-vous de ces rencontres ?
Beatriz Batarda : J’adore les rencontres avec le public. Quand on lit un scénario, c’est un film dans notre tête. Pendant les répétitions, c’est un film commun. Au tournage, c’est encore un autre film. Puis, prêt pour le public, c’est encore un autre film. Les rencontres sont une opportunité de lire le film tel qu’il est vraiment. Il y a aussi beaucoup d’autres films très forts cette année : Entroncamento de Pedro Cabeleira, le film incroyable de Sérgio Tréfaut avec Leonor Silveira ou encore des films primés comme Ice Merchants de João Gonzalez. Il y a aussi le travail d’animation de Abi Feijó et Regina Pessoa, très importants. Le dialogue entre cinéma « caméra » et cinéma d’animation devient très proche aujourd’hui.
CM : Quel conseil donneriez-vous aux jeunes comédiens rêvant d’une carrière internationale ?
Beatriz Batarda : Il faut y croire et ne jamais poursuivre un chemin à la recherche d’une approbation. C’est une recherche personnelle, intérieure. Il faut en avoir besoin. Avoir faim d’être dans le monde, de créer des échanges et y croire.
CM : Pour quelqu’un qui découvre le cinéma portugais, quel film conseilleriez-vous ?
Beatriz Batarda : C’est difficile… Peut-être Raiva, un western basé sur un roman, qui se passe dans les années 50. Il montre un pays qui n’existe plus, souvent idéalisé avec nostalgie. Cette mélancolie romantisée nourrit aujourd’hui certains courants d’extrême droite. Le film montre le regard réel sur ces divisions profondes entre riches et pauvres. C’est un film très important.
CM : Si vous deviez définir votre rapport au cinéma en un mot ?
Beatriz Batarda : Secret. Parce que le cinéma me révèle mes propres secrets et les secrets d’être vivant.
CM : Que souhaitez-vous que le public retienne de cette édition ?
Beatriz Batarda : J’aimerais que le festival soit découvert au-delà de la curiosité d’une culture nationale. Le cinéma portugais a une identité forte, mais il dépasse sa nationalité. Il a toujours marqué une présence dans les festivals internationaux. Un petit festival comme celui-ci garde une vérité dans l’échange, une relation humaine réelle, intime. Dans les grands festivals, cela devient souvent médiatique, une question de marques et d’argent. Ici, l’échange est réel. C’est précieux. J’espère que le festival grandira dans sa structure, pourra inviter plus d’artistes, proposer des masterclass, travailler avec des écoles. Mais il faut maintenir ce côté très réel, très intime, vrai.
Nous remercions à nouveau Beatriz Batarda d’avoir répondu à nos questions. N’oubliez pas de la suivre sur les réseaux sociaux Instagram et LinkedIn, suivre les réseaux sociaux du Festival Olá Paris, sur LinkedIn et Instagram et à prendre vos billets sur la billetterie du Festival.
Interview réalisée par Liliana Tavares Ribeiro
de Tempestade 2.1
Publié le 24/02/2026




