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1 janvier 2026Jean-Daniel Senesi est un artiste français. Il y a plusieurs années, il a pris la décision de s’installer définitivement aux Açores. Son ami réalisateur, Guy Baudon, est venu le voir et a décidé de filmer son quotidien. Le film, Une force irrésistible, le retranscrit. Cap Magellan a souhaité en savoir plus.
Cap Magellan : Bonjour Jean-Daniel, j’espère que vous allez bien. Nous sommes ici pour parler du film Une force irrésistible, réalisé par Guy Baudon. Dans ce film documentaire, on suit votre vie aux Açores. Qu’est-ce qui a motivé votre départ pour l’archipel portugais ?
Jean-Daniel Senesi : Je ne connaissais pas du tout, ni le Portugal d’ailleurs. C’est un voyage par hasard en 2011 pour accompagner un ami. Quand je suis arrivé aux Açores, je me souviens très bien, je suis descendu de l’avion et j’ai eu la même sensation que sur mon île d’enfance, La Réunion : l’air chaud et humide qui vous accueille. Cela m’a fait un retour en arrière assez incroyable.
À l’époque, je découvre des îles préservées, des gens qui sont dans une ruralité authentique et très accueillants, tellement gentils. Cela me rappelle mon autre île, la Corse, celle de mon père, parce que La Réunion est celle de ma mère. J’étais à la jonction de mes deux îles.
J’étais quasiment à la quarantaine. J’avais un métier d’artiste qui me passionnait. Je me suis demandé ce qui était vraiment important au fond : le travail ou un rêve d’enfance oublié ?
Aux Açores, nous sommes en Europe, il y a une espèce de stabilité possible alors qu’on est effectivement dans un petit lieu préservé au bout du monde. C’est ce qui m’a fait avoir un clic dans la tête. Je me suis posé la question du « être ou avoir », puis j’ai opté pour l’être.
J’ai mis 7 ans pour tourner les pages, prévenir, clore les différents dossiers que j’avais, y compris des dossiers très importants au niveau du travail en France. Au bout de 7 ans, malgré ce que pensaient les amis ou la famille, j’ai écouté mon intuition et cela fait 7 ans que je suis aux Açores et je suis très heureux.
CM : Le film est auto-financé. Pourquoi ?
Jean-Daniel Senesi : Guy est habitué à ne pas forcément avoir des financements pour ses films. Des fois, le financement vient après coup. Après coup, nous avons fait une demande de participation. Contrairement aux projets précédents, les gens ont beaucoup moins donné. Pour la version portugaise du film que nous devions financer, nous avons réussi à gagner 2 000 euros en 12 mois.
Le film dure 1h20. Imaginez les dizaines et dizaines d’heures de rushs pour arriver à 1h20 après montage. Ce film, nous l’avons estimé à environ 35 000 euros. Il faut compter les voyages, la nourriture, le tournage, le matériel, le temps passé au montage qui constitue des mois et des mois à dérusher et à monter. Nous n’avons pas eu besoin d’argent directement, il est arrivé petit à petit. C’est une grande liberté.
L’actualité que le film a encore, c’est qu’il a été acheté par France 3 Corse, donc télévision publique française. Attention, la télévision publique, ce n’est pas ce que l’on pense au niveau des financements. Ce sont des prix ridiculement bas. Ensuite, Guy va commencer à toucher de l’argent un petit peu, en droits d’auteur, quand le film va vraiment être diffusé sur France 3.
Ne pas avoir de financement public ou institutionnel, c’est une très grande liberté.
Cela a permis avant tout la grande liberté de faire ce qu’on voulait faire sans avoir de compte à rendre à personne.
CM : Pour finir, quelle est votre conclusion sur le « modèle portugais » ?
Jean-Daniel Senesi : Moi, je suis français, français un peu atypique, issu de plusieurs cultures. En venant poser mes bagages ici au Portugal, aux Açores, j’ai vu de l’extérieur quelque chose qui est un peu unique, qui est assez précieux, et dont vous-même, les Portugais, n’avez pas conscience. Ce film, c’est aussi un pas de côté pour vous montrer ce que c’est que le modèle culturel portugais.
Il y a chez les Portugais un côté complexe d’infériorité. Selon moi, vous êtes le modèle du futur. Vous, en Europe, vous avez encore ce mélange entre tradition et modernité, dont il faut prendre conscience parce qu’il faut le préserver. Ce film et ce colloque, c’est pour vous montrer ce que vous avez de formidable.
Vous avez le vaccin de la modernité. Vous avez sécrété au long du temps et des siècles quelque chose comme un système immunitaire qui vous défend encore un peu contre cette déshumanisation. Votre rapport à l’aldeia, à la famille, à la religion, même si vous n’êtes pas religieux, tout ça, ce sont des ingrédients de tradition dont on a besoin pour sauver notre âme à nous, Occidentaux, de manière générale. Pour moi, le message final, c’est « Viva Portugal ! ».
Le modèle portugais, c’est de pouvoir être au top de la modernité tout en restant ancré dans ses racines.
CM : Merci beaucoup Jean-Daniel ! Longue vie à Une force irrésistible.
Julie Carvalho




