
Coletivo Rua das Pretas publicou novo album e realizou concerto em Paris
18 mai 2026À l’occasion de sa prochaine exposition « Metamorfose Urbana », Frédéric Bourret a échangé avec Cap Magellan autour de ce projet collectif et artistique. Pour cette exposition, le photographe a proposé ses clichés parisiens comme des « toiles blanches », invitant différents artistes à réinventer ces paysages urbains selon leur propre univers et leur imaginaire.
Cap Magellan : Ton exposition repose sur l’idée d’offrir tes photographies comme une sorte de toile blanche à d’autres artistes. Comment cette intuition est née ?
Frédéric Bourret : Je me suis toujours posé la question de la vision artistique d’une photo avec un regard différent. L’idée était de proposer une de mes photos comme point de départ, une toile blanche, à des personnes avec une forte sensibilité artistique. Certains sont artistes de profession, d’autres non, mais tous ont une vraie fibre créative. Par exemple, l’un des participants travaille au Parlement lisboète comme député portugais, mais possède une grande sensibilité artistique. Ce qui m’intéressait, c’était de voir jusqu’où cela pouvait mener et je ne suis pas déçu. Il y a des œuvres incroyables. À chaque fois, les créations sont allées dans des directions totalement inattendues, avec énormément de créativité.
CM : L’exposition réunit 29 artistes issus de disciplines très différentes : peinture, street art, musique, mode, sculpture, tatouage ou encore réalisation avec notamment Maria de Medeiros. Qu’est-ce qui t’intéressait dans cette grande diversité artistique ?
Frédéric Bourret : La personnalité des gens nourrit énormément la créativité. Le rendu final est important, bien sûr, mais ce qui compte le plus dans ce projet, c’est l’aventure humaine. Chacun apporte une idée, une énergie, une créativité différente. Au final, c’est avant tout une aventure humaine et elle est géniale.
CM : Le projet est né en 2024 à Lisbonne. Pour cette nouvelle édition, plusieurs artistes viennent de différents pays lusophones. Comment est né ce lien avec la lusophonie ?
Frédéric Bourret : J’ai créé « Métamorphose Urbaine » en 2024. La première édition rassemblait surtout des artistes francophones, mais aussi des artistes internationaux comme Emmanuel Stroobant, chef deux étoiles à Singapour, ou encore Hossan Leong, comédien à Singapour. Ensuite, une amie vivant au Portugal m’a dit qu’il fallait absolument développer le projet là-bas, parce que la créativité portugaise correspondait parfaitement à cet esprit. Elle avait raison. Le projet a très vite trouvé un écho auprès des artistes portugais, qu’ils me connaissent ou non. Tous ont adhéré immédiatement. J’ai eu l’impression que Paris dialoguait naturellement avec le Portugal à travers ces œuvres. Il y aura notamment deux créations de Maria de Medeiros, ainsi qu’une œuvre très originale de Carlos Possolo, peintre du président portugais.
Les artistes portugais ont une spontanéité et un enthousiasme qui rendent ce type de projet très vivant. Au Portugal, les gens se lancent plus facilement dans une aventure artistique, avec moins de barrières et moins d’hésitations. C’est quelque chose que j’ai particulièrement aimé dans cette expérience.
CM : Paris est au cœur de cette nouvelle exposition. Quel regard portes-tu aujourd’hui sur cette ville, d’un point de vue photographique ?
Frédéric Bourret : Paris est une ville-musée. Mes photos cherchent surtout à capter des instants, des détails, des angles différents. Contrairement à des villes comme New York, Beijing ou Shanghai, qui se réinventent constamment, Paris garde une structure très ancienne et reconnaissable depuis des siècles. Cela rend la réinvention photographique plus complexe, mais la ville reste pleine d’images iconiques, comme Le Baiser de l’Hôtel de Ville. À Paris, ce sont souvent les personnages et les instants de vie qui créent l’image plus que l’architecture elle-même.
CM : Avec « Métamorphose Urbaine », tu crées un dialogue entre des artistes de plusieurs pays et cultures. Penses-tu que l’art peut être un langage commun ?
Frédéric Bourret : Tous les artistes du projet ont un lien fort avec le Portugal. Par exemple, Binelde Hyrcan vit en Angola, ancienne colonie portugaise, et Sooraj Abraham vit à Cochin, en Inde, un ancien port portugais. Chacun porte une histoire ou des racines liées au Portugal.
Je pense que l’art peut rassembler. Ce projet crée un pont entre Paris et le Portugal et montre que l’art est universel, mais cela fonctionne aussi parce que les artistes ont accepté l’idée avec beaucoup d’ouverture et de curiosité.
CM : Ton aventure photographique a commencé à New York en 2000. Que représentait cette ville pour toi à ce moment-là ?
Frédéric Bourret : Je travaillais à New York à cette époque et beaucoup de mes photos ont été prises très tôt le matin, entre 6h30 et 7h. C’est une ville qui donne envie de créer. Il y a une énergie permanente, visible jusque dans la manière dont les gens s’habillent ou se mettent en scène. On a parfois l’impression d’être dans un film. Cette atmosphère pousse naturellement à être créatif. À l’origine, mes photos n’étaient pas pensées comme un véritable projet, mais quelqu’un m’a un jour dit qu’il fallait que j’en fasse quelque chose. C’est là que tout a commencé.
CM : Tes premières images montrent souvent une ville presque vide, silencieuse. Pourquoi cette fascination pour ce genre d’instants un peu suspendus ?
Frédéric Bourret : Je l’ai fait avec un jetable. Pour moi, les photos d’instant, c’est un peu la photographie humaniste qu’on pouvait retrouver dans les années 50-60. La personne qui m’a inspiré sans m’inspirer, parce que je ne le connaissais pas à l’époque c’est Lee Friedlander. Il s’amuse avec l’œil du contemplateur. Il y a toujours un détail qui fait qu’il y a un amusement dans la photo. C’est ça que j’ai toujours recherché. On peut voir une photo et se dire qu’elle est belle, mais il y a des photos qui, malgré le fait de les avoir vues la veille, nous révèlent toujours un nouveau détail. C’est ça que j’essaie d’amener au contemplateur, qu’elle se réinvente elle-même.
Il y a des gens qui me font découvrir un détail dans mes photos, parce qu’à force de les voir, je ne les vois plus pareil. Cela provoque une émotion qui reste. Ce n’est pas quelque chose de figé et, ça, c’est le plus important pour moi.
CM : L’architecture prend une place importante dans ton travail. Cherches-tu à documenter la ville ou à la transformer visuellement ?
Frédéric Bourret : À l’appréhender différemment, oui. Il y a une série qui s’appelle « Les messages cachés de l’eau », qui est une série sur la subjectivité de la perception. Est-ce que ce qu’on voit est vrai ? Il n’y a aucun trucage, c’est un paysage. Lorsque je l’avais exposé, les gens me disaient ce qu’ils voyaient. Cela pouvait aller de la platine disque à un tarmac d’aéroport, alors que c’est un paysage complètement urbain, sans artifice, sans rien.
Quand je suis arrivé à ce questionnement sur la puissance de l’image, ça m’a vraiment plu.
CM : Après plus de 20 ans de création, qu’est-ce qui continue de nourrir ta curiosité artistique ?
Frédéric Bourret : Il y aura toujours un moment où il y a quelque chose qui m’amène à une création. Cela peut être une création conjointe comme « Métamorphose Urbana ». Les projets sont faits pour qu’ils changent et qu’ils évoluent, d’où la métamorphose à chaque fois, le fait de se réinventer.
CM : Lorsque les visiteurs découvriront l’exposition à Paris, qu’aimerais-tu qu’ils ressentent ou qu’ils emportent avec eux ?
Frédéric Bourret : J’aime bien qu’ils aiment et qu’ils détestent. C’est-à-dire qu’il y a des œuvres qui vont les interpeller et d’autres qu’ils ne vont pas aimer. Mais ce qui m’embêterait, c’est qu’ils se disent simplement « Oh oui, ça va ». C’est le pire des commentaires dans une expo d’art, « ça va ». Il faut que cela provoque quelque chose. Soit on aime, soit on déteste. Il y a tellement d’œuvres différentes, avec des énergies différentes. J’espère qu’il y aura des coups de cœur sur des œuvres. J’espère vraiment.
Retrouvez l’exposition « Métamorphose Urbana » du 15 au 21 juin, 84 rue du Temple à Paris. Le vernissage aura lieu le 18 juin. Plus d’informations sur le site de l’exposition.
Interview réalisée par Julie Carvalho,
et Liliana Tavares Ribeiro.
Publié le 19/05/2026.




