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25 juin 2026À quelques semaines de la sortie de son nouvel album, Cap Magellan a eu la chance d’échanger avec Elsinha, artiste franco-portugaise fascinée par les rythmes brésiliens et ibériques.
Cap Magellan : Elsinha, tu as sorti ton dernier album Liberdade le 3 juin dernier. Pourquoi avoir choisi ce titre d’album ?
Elsinha : Liberdade pour moi c’est la liberté de l’être. Je commence mon album avec la liberté de l’esclave liée à la capoeira et à l’histoire au Brésil, ensuite peu à peu vers ma propre liberté en tant qu’artiste, en tant que femme, en tant que fille d’émigrés et aussi libre par rapport à la société et à la famille. Donc c’est vraiment vaste comme liberté.
CM : En plus du chant, tu joues aussi d’autres instruments comme le piano ou la guitare. Qu’est-ce que ces instruments t’apportent ?
Elsinha : La guitare, j’adore parce que c’est très acoustique, c’est un son brut et en même temps, on peut avoir des notes douces. On peut le jouer de plein de façons différentes. Forcément, ça me rappelle mes racines ibériques : ma mère était passionnée de fado, donc dès qu’on entendait une guitare, elle me disait tout de suite « Mais écoute, la guitare, elle est magnifique ! » Il y a de la nostalgie pour moi avec la guitare.
Le piano, pour moi, c’est plein de sensibilité. Quand je prends mon piano, c’est un dialogue avec moi-même.
Je suis aussi très fan de percussions. Je n’en fais pas, mais je me mets aux percussions corporelles pour l’intégrer dans les shows. Je trouve incroyable d’être avec les gens et de faire des percussions corporelles ensemble, il y a une espèce de force et d’union qui se crée, qui est vraiment saisissante.
CM : Ton arrière-grand-père jouait de l’accordéon. As-tu testé d’autres instruments ?
Elsinha : Mon arrière-grand-père jouait de l’accordéon et après, la musique est devenue assez tabou. Je n’ai pas vraiment baigné dedans, donc j’ai tout appris en autodidacte. J’ai commencé vraiment comme ça par moi-même et à chanter surtout. Je chantais 3 à 4 heures par jour, tous les jours depuis l’âge de 6 ans. C’était surtout ça, mon instrument principal.
CM : Tu as goûté à plein de types de musiques : lusophones, brésiliennes, pop, chanson française, etc. Comment cette diversité t’a aidé dans ton parcours professionnel aujourd’hui ?
Elsinha : Elle m’a aidée à avoir plein de sonorités qui me viennent quand je crée. Il y a plein de langues aussi qui me viennent mais j’ai dû aussi faire un travail pour me recentrer parce que je m’éparpillais beaucoup. Clairement cela me donne un panel d’exploration, de découverte, d’expérimentation, de richesse.
La multiculturalité, pour moi, est une richesse, même si, bien sûr, il ne faut pas perdre son essence. Je pense qu’il y a des racines, il y a une essence, et après, on peut fusionner autour de ça. Finalement, Elsinha est un mélange de plein de choses.
CM : Comment définis-tu ton style ?
Elsinha : On peut dire que je fais de la musique afro-brésilienne et ibérique. Je mets ibérique parce que pour moi ça regroupe l’Espagne et le Portugal. Je ne fais pas de musique pimba, fado ou musique folklorique, je fais vraiment un mélange entre la saudade, la nostalgie qu’on a dans les chants portugais et en même temps la guitarra flamenca, les influences espagnoles. C’est pour ça que j’aime bien dire le mot ibérique.
Afro-brésilien, c’est tout l’héritage que j’ai avec mes dix ans de capoeira et les chants qui m’ont accompagnée toute mon adolescence et ma vie adulte.
CM : Tu es professeure de danse. Quelle importance a la danse pour toi dans la musique ?
Elsinha : La danse est une passion aussi forte que la musique. Je suis professeure de dancehall. La danse pour moi est une expression de créativité, de liberté. En fait, je me retrouve dans les deux avec la liberté d’être soi, de lâcher prise.
La dancehall, que j’enseigne, est une danse jamaïcaine. C’est une danse de libération contre l’oppression, contre la répression. Je me retrouve dans cette danse de liberté. La dancehall, c’est aussi assumer la féminité, la sensualité. Il y a tous ces aspects autour de la liberté et j’adore les partager avec mes élèves. C’est une chance de transmettre ça dans mes cours.
Il m’arrive très souvent de danser sur scène. On me dit que j’ai énormément d’énergie sur scène.
CM : La pochette de ton album est assez évocatrice. On se sent dans une maison portugaise, chez nos aînés. Que raconte cette pochette et comment as-tu pensé cette esthétique visuelle ?
Elsinha : Je voulais vraiment qu’il y ait un côté très traditionnel, très culturel, voire même un peu conservateur. Je voulais vraiment qu’il y ait cette femme avec le voile de sa grand-mère, comme on l’a vu dans nos familles justement, qu’on soit dans un cadre familial et en même temps ce regard qui est tourné vers les rêves, vers plus de liberté.
Je ne sais pas si vous avez vu ce petit détail, mais mon regard est tourné vers quelque chose où j’aspire à la passion, aux rêves, à quelque chose d’au-delà. Il y a un côté aussi un peu spirituel, mais tout en étant ancré dans ma famille et en ayant grandi dans tout ça.
En même temps, quand tu tournes l’album, tu vas vers un mouvement, vers quelque chose qui est plus dansant, qui est plus libre. Donc, il y a un côté traditionnel conservateur et, de l’autre côté, le côté plus libéré.
CM : Liberdade invite à l’acceptation de soi, de ses racines. Quelle importance a pour toi l’acceptation de l’autre ? Que dirais-tu aux jeunes lusodescendants qui veulent se rapprocher de leurs racines ?
Elsinha : L’acceptation de l’autre passe par une profonde empathie, chercher à comprendre l’autre, à ne pas juger, à découvrir les cultures. Nous avons la chance d’être baignés par plein de cultures. À Paris, parfois on a tendance à segmenter, à compartimenter les gens, les communautés, etc. Au contraire, il faut voir ça comme une richesse.
J’encourage les lusodescendants à aller découvrir d’autres choses, que ce soit par des voyages, que ce soit par des concerts, de se mélanger. C’est vraiment quelque chose que j’encourage et que j’ai fait aussi beaucoup : des festivals de musique hindoue, des festivals de musique gnawa, marocaine, etc. Je trouve ça hyper intéressant de s’intéresser à d’autres cultures.
CM : Cet album est quand même assez engagé sur la place de la femme. Est-ce que ça a été dur pour toi, en tant que femme, de te faire une place dans le milieu de la musique?
Elsinha : Ça n’était pas dur au niveau de la musique, par contre, peut-être au niveau de ma famille. On a eu les héritages du machisme aussi, de « bah non, on ne peut pas rêver, bah non, on ne peut pas faire ça, bah non, on ne peut pas être dans la musique », sans parler du « une femme ne va pas montrer ses formes, elle ne va pas montrer sa sensualité ». Je ne sais pas si d’autres ont grandi avec ça et se reconnaîtront.
Ce qui a été dur pour moi, ça a été vraiment de prendre sa place, déjà dans qui je suis, mes passions et aussi d’assumer qu’on est femme et qu’on a le droit de montrer vraiment notre féminité, notre sensualité. Dans la musique, je trouve qu’au contraire, il y a tellement d’artistes engagés sur ça. Ils œuvrent déjà pour ça. La musique, au contraire, je trouve que c’est la liberté d’expression.
CM : Y a-t-il une musique qui te touche particulièrement, ou qui raconte quelque chose de plus personnel ?
Elsinha : Je dirais Soledad. Elle parle de moments que j’ai eus assez compliqués, où la musique était vraiment mon refuge. Ça a été salvateur. C’est pour ça que mon EP de 2019 s’appelle Salvation. C’est vraiment très intimiste, très touchant à chaque fois que j’écoute Soledad.
Confiar aussi, qui est d’ailleurs en français et portugais. Ces deux titres sont très personnels.
CM : Qu’as-tu envie que le public ressente en écoutant ton album?
Elsinha : C’est une très bonne question. De l’amour, je pense. Cela fait un peu peace and love ce que je dis, mais de l’amour et de la confiance.
De l’amour déjà pour toute cette passion partagée et j’espère qu’elle touche d’autres cœurs. Confiance en vous, en qui vous êtes, en vos rêves, essayez d’aller de l’avant et de ne pas lâcher.
J’ai envie qu’ils ressentent de l’amour, de la joie, de la tristesse aussi et en même temps de la confiance dans la vie.
CM : Quels sont tes objectifs pour le futur ?
Elsinha : J’aimerais faire pas mal de dates en France et ce serait génial de pouvoir en faire en Espagne et au Portugal. Ce serait une joie immense quoi.
Je suis déjà en train de créer un nouveau son. Il y a la vie qui nous touche et il y a des choses qu’on vit et je suis déjà en train de créer un nouveau son que j’adore qui aura plusieurs influences, mais je n’en dis pas plus pour l’instant pour me laisser le temps de créer tout ça.
À travers ses chansons, Elsinha nous offre un voyage intime et généreux. On espère retrouver vite sa belle énergie sur scène. Un grand merci à Elsinha pour cette discussion inspirante.
Retrouvez Elsinha sur Instagram, YouTube et sur les plateformes d’écoute.
Interview réalisée par Julie Carvalho,
et Sophie Marques.
Publié le 25/06/2026.




