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4 juillet 2026Denise Fernandes est réalisatrice et scénariste. Née à Lisbonne de parents capverdiens, elle a grandi en Suisse. Après un long parcours à travers les festivals internationaux, son premier long-métrage, HANAMI, sort enfin en salles le 8 juillet prochain. Cap Magellan a souhaité en savoir plus.
Cap Magellan : Comment est-ce que tu te sens à l’approche de cette sortie nationale ? Quels ont été les retours des avant-premières ?
Denise Fernandes : Nous avons présenté le film lors de deux avant-premières à Paris, où nous avons été accueillis par un public incroyable. Je suis très contente et j’ai très envie de voir comment le parcours du film poursuivra lors de la sortie.
CM : C’est ton premier long métrage après quatre courts-métrages. À quel moment as-tu senti que cette histoire, Hanami, avait besoin de l’espace d’un long métrage ?
Denise Fernandes : Quand j’ai commencé à imaginer Hanami je pensais en réalité à un court métrage. En 2016, une productrice qui avait découvert le projet, m’a suggéré d’en faire un long métrage. À ce moment-là, je ne me sentais pas du tout prête, mais quelques mois plus tard, lors d’un voyage de repérage sur l’île de Fogo, j’ai compris que cette histoire pouvait prendre une ampleur bien plus grande que je ne l’avais imaginée.
CM : Hanami connaît déjà un grand succès au sein des festivals et a reçu plusieurs récompenses. Qu’est-ce que cette reconnaissance représente pour toi ?
Denise Fernandes : Avant d’exister à l’écran, pendant longtemps, un projet de film reste quelque chose d’insaisissable. Dans le cas de Hanami, le scénario était très précis, mais il ne s’agissait encore que de mots sur le papier. Le voir aujourd’hui exister et rencontrer un public et, en plus, être reconnu est, pour moi, très émouvant. Cette reconnaissance appartient à toute mon équipe et à toutes les personnes qui ont participé au film, on a fait ce film avec le cœur.
CM : Hanami raconte l’histoire de Nana, une enfant puis une jeune fille qui vit sur l’île de Fogo, au Cap-Vert, et dont la mère a émigré. Qu’est-ce qui t’a inspiré cette histoire ?
Denise Fernandes : Beaucoup de choses m’ont conduite vers cette histoire. Il y a des émotions et des expériences que je n’arrive pas à exprimer avec des mots. Le cinéma est mon langage, il me permet de raconter des choses que je ne saurais pas raconter autrement.
CM : Dans le film, Nana tombe malade quand elle est enfant, elle a de la fièvre et elle va près d’un volcan dans un univers entre le réel et l’imaginaire. Ce passage marque une rupture dans le récit. Qu’est-ce qu’il représente pour toi ?
Denise Fernandes : Pour moi, ce passage est au cœur de HANAMI. Sans lui, le film serait beaucoup plus classique. J’avais le sentiment que l’île de Fogo appelait une autre forme de récit. C’est une île si particulière qu’elle m’invitait à explorer d’autres possibilités narratives, où le réel et l’imaginaire pouvaient coexister. J’ai grandi en regardant des films qui m’ont appris que tout était possible au cinéma. Je me suis donc demandé : pourquoi ne pas me donner cette même liberté dans Hanami ?
CM : Le tournage a été réalisé avec des acteurs débutants et des enfants. Comment s’est déroulée cette expérience pour toi ?
Denise Fernandes : C’était sans doute l’un des aspects les plus intenses du film. Travailler avec des acteurs non professionnels est une expérience que j’aime énormément et que j’explore depuis mes courts métrages. En même temps, c’est un immense défi. Ce qui me rend heureuse, c’est que tous ces efforts on trouvé, je pense, une forme très naturelle à l’écran. Pour moi, la chose la plus difficile pour un acteur n’est pas de jouer, mais de préserver son naturel, sa vérité.
CM : Le titre, Hanami, est un mot japonais. Comment expliques-tu ce lien avec le Japon ?
Denise Fernandes : Le lien avec le Japon est né d’une intuition, dès le début de l’écriture. Avec Hanami je ne voulais pas seulement raconter l’histoire d’une île lointaine ; je voulais montrer que même les lieux qui semblent les plus isolés sont toujours en dialogue avec le reste du monde.
En pensant au Japon, j’ai été frappée par certaines résonances avec Fogo : la présence des volcans, des tortues, mais aussi une forme de poésie que je ressentais dans ces deux îles. Je me suis demandé pourquoi ne pas créer un dialogue entre ces deux imaginaires. Cette intuition est finalement devenue l’un des fils conducteurs du film.
CM : Dans le synopsis du film, on parle du fait qu’il y a un lien entre partir du Cap-Vert, revenir au Cap-Vert. Comment expliques-tu le fait que certains partent et d’autres restent ?
Denise Fernandes : C’est une très belle question. Il existe une forme de dualité dans l’expérience capverdienne : il y a celles et ceux qui partent, et celles et ceux qui restent. Les raisons sont toujours très personnelles. Elles dépendent souvent des circonstances. Puis, il y a aussi le destin. Je crois que le destin fait partie des mystères de la vie. Pourquoi certains partent-ils et d’autres restent-ils ? Je ne suis pas sûre qu’il existe une réponse à cette question.
CM : Tu es née à Lisbonne, tu as grandi en Suisse italienne et ta formation s’est poursuivie à Cuba. Comment ces parcours ont façonné ton regard de cinéaste ?
Denise Fernandes : Le fait d’avoir grandi entre plusieurs pays, plusieurs langues et plusieurs cultures m’a appris qu’il existe toujours plusieurs façons de regarder une même réalité. Je crois que cela a profondément façonné mon regard de cinéaste. Plus qu’une identité ou un pays en particulier, c’est cette multiplicité de points de vue qui nourrit mon cinéma.
CM : Malgré le fait que tu sois issue de la diaspora, comment as-tu réussi à développer et conserver ton appartenance au Cap-Vert ?
Denise Fernandes : Merci de poser cette question, car le film est parfois présenté comme un retour aux racines, alors que c’est en réalité un peu plus complexe que cela.
Lorsque j’ai commencé à travailler sur Hanami, je me sentais profondément déconnectée du Cap-Vert. J’ai grandi en Suisse, loin d’une communauté capverdienne. Les Capverdiens que je connaissais étaient les membres de ma famille. Comme pour beaucoup de personnes issues de la diaspora, le créole et la musique capverdienne ont été mes premiers points d’ancrage. Pourtant, cela ne suffisait pas. C’est finalement Hanami qui m’a permis de faire ce chemin. Au fil du travail, j’ai compris que mon expérience de la diaspora faisait pleinement partie de mon identité capverdienne.
CM : Qu’aimerais-tu que les spectateurs gardent de ton film en sortant ?
Denise Fernandes : Pour moi, un film est un cadeau que chacun est libre de recevoir à sa manière. En tant qu’autrice, je n’ai rien de trop précis à imposer dans sa lecture. Quand je présente Hanami, j’aime écouter les réactions et les interprétations du public. Les spectateurs voient parfois des choses auxquelles je n’avais jamais pensé moi-même et c’est ce qui me touche le plus.
Nous vous invitons à suivre le parcours d’Hanami sur les réseaux sociaux. Rendez-vous dans vos cinémas dès le 8 juillet pour la sortie nationale.
Interview réalisée par Julie Carvalho,
Publié le 03/07/2026




