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25 juin 2026Denise Fernandes est réalisatrice capverdienne, née à Lisbonne et ayant grandi en Suisse, puis étudié à Cuba. Elle explore souvent les thèmes de la diaspora, de la mémoire et de l’appartenance. Son premier long-métrage, Hanami, sort en salles le 8 juillet prochain. Cap Magellan a souhaité en savoir plus.
Cap Magellan : Comment est-ce que tu te sens à l’approche de cette sortie nationale ? Quels ont été les retours des avant-premières ?
Denise Fernandes : Nous avons réalisé deux avant-premières à Paris, qui ont été très belles, avec un public incroyable. Je suis très contente et j’ai très envie de voir comment le parcours du film va continuer lors de la sortie.
CM : C’est ton premier long métrage après quatre courts-métrages. À quel moment as-tu senti que cette histoire, Hanami, avait besoin de l’espace d’un long métrage ?
Denise Fernandes : Quand j’ai commencé l’écriture du film, en réalité, j’avais pensé à un court-métrage, basé sur une partie centrale du film. Une productrice m’a suggéré de transformer le film en long métrage. Je me souviens que je ne me sentais pas prête du tout. On parle de 2016. J’avais terminé ma formation en 2013.
Après des études artistiques de cinéma, c’est vrai que je ne savais pas exactement comment passer du court-métrage au long-métrage. En même temps, je sentais qu’il fallait que je commence, même si ça allait prendre beaucoup de temps. Alors, j’ai fait un repérage sur l’île de Fogo pour savoir si vraiment cette histoire je pouvais l’enrichir. J’ai fait un repérage de dix jours. Après ce repérage, j’ai écrit un traitement, une version plus élaborée d’une idée. J’ai senti qu’il avait encore beaucoup à faire mais que oui, peut-être, il s’agissait d’un long-métrage. J’ai décidé de commencer à travailler dessus.
CM : Hanami connaît déjà un grand succès au sein des festivals. Tu as reçu plusieurs prix pour ce film. Qu’est-ce que cela représente pour toi ?
Denise Fernandes : Pour moi, c’est incroyable. Lorsque le film n’était encore qu’une idée, je pensais que j’étais un peu folle de vouloir faire ça, de raconter une histoire de cette façon et d’arriver jusqu’au bout. Le fait que le film soit reconnu, pour moi, c’est quelque chose qui reconnaît tout l’effort de mon équipe, des gens qui ont participé au film, mes producteurs, etc. C’est un peu magique.
Je ne sais pas comment l’expliquer. Faire un film, quand on n’a pas encore le film, c’est très abstrait, parce que c’est un peu l’acte de filmer qui va vraiment le faire exister.
CM : Hanami raconte l’histoire de Nana, une enfant puis une jeune fille qui vit sur l’île de Fogo, au Cap-Vert, et dont la mère a émigré. Qu’est-ce qui t’a inspiré cette histoire ?
Denise Fernandes : En réalité, je pourrais dire que beaucoup de choses m’ont appelée à écrire cette histoire. Il y a des choses que je n’arrive pas à exprimer avec les mots et je pense que c’est la beauté du cinéma. J’aime dire que le cinéma est ma langue, mon langage et que j’ai besoin du cinéma pour exprimer des choses que je n’arrive pas à mettre dans d’autres formes d’expressions. Je pense que le film était aussi mon exercice parce que moi, je fais partie de la diaspora et j’ai grandi de façon très éloignée de l’identité capverdienne. En même temps, j’étais très proche de cette identité mais je ne le savais pas. C’est le film qui m’a appris ça. En grandissant, je voyais tout, je lisais tout, mais je n’avais jamais vu un film tourné au Cap-Vert. La motivation de continuer et de persévérer est venue du fait que je pensais que si je réussissais à arriver jusqu’au bout, on aurait un film capverdien. C’était important pour moi, pour permettre que d’autres gens ne disent pas qu’ils n’ont jamais vu ça parce que c’était déjà mon histoire.
CM : Dans le film, Nana tombe malade quand elle est enfant, elle a de la fièvre et elle va près d’un volcan dans un univers entre le réel et l’imaginaire. Ce passage marque une rupture dans le récit. Qu’est-ce qu’il représente pour toi ?
Denise Fernandes : Pour moi, ça représente Hanami, mon film, parce que je pense que sans cette partie au milieu, l’histoire serait très classique. Cela pourrait être bien aussi. La toile de fond, c’est l’île de Fogo,une île très spéciale. Avec une île comme celle de Fogo, il fallait vraiment, pour moi, explorer des formes narratives différentes. C’est une île qui m’invite à faire ça.
J’ai grandi en regardant des films où tout pouvait passer et j’ai pensé pourquoi pas aussi dans ce film.
CM : Le tournage a été réalisé avec des acteurs débutants et des enfants. Comment s’est déroulée cette expérience pour toi ?
Denise Fernandes : C’était un des points les plus intenses de ce film parce que travailler avec des acteurs non professionnels, c’est une des meilleures choses que j’ai pu expérimenter. C’est quelque chose que je fais depuis mes courts-métrages. En même temps, c’est un challenge très grand pour moi et pour eux, pour l’équipe aussi.
Ce qui me rend heureuse, c’est que je sens que dans le film, tout cet effort a trouvé sa place dans une forme harmonieuse et naturelle. Pour moi, la chose la plus difficile pour des acteurs, ce n’est pas de jouer, mais de rester dans une naturalité tout en sachant qu’ils sont filmés.
CM : Le titre, Hanami, est un mot japonais. Comment expliques-tu ce lien avec le Japon ?
Denise Fernandes : Le lien que le film a avec le Japon, pour moi, vient surtout d’une intuition que j’ai eue au début. Je ne voulais pas faire seulement un film sur une île lointaine, mais je voulais aussi trouver une façon de l’accrocher au monde. L’île de Fogo, une des îles de l’archipel du Cap-Vert, a des similitudes avec l’île du Japon : la présence des volcans, la présence des tortues, peut-être quelque chose aussi de poétique en commun. Cest pour ça que je pensais pourquoi pas faire cette liaison entre deux îles. C’était une intuition que j’ai voulu tester et qui, je pense, définit même un peu l’esprit du film.
CM : Dans le synopsis du film, on parle du fait qu’il y a un lien entre partir du Cap-Vert, revenir au Cap-Vert. Comment expliques-tu le fait que certains partent et d’autres restent ?
Denise Fernandes : C’est une très belle question. Je pense que c’est une question que même les gens qui sont en train de vivre ça se posent. Des fois, ils n’ont même pas le temps de se la poser. Il y a une dualité dans l’identité capverdienne, ceux qui restent et ceux qui partent. Je pense que c’est la définition d’être capverdien.
Il y a des raisons très différentes qui dépendent de l’individu. Cela fait un peu partie du mystère de la vie. Pourquoi moi ? Pourquoi les autres ? Il y a beaucoup de questions qui n’ont pas de réponse.
CM : Tu es Capverdienne, née au Portugal, tu as grandi en Suisse et tu as étudié à Cuba. Comment ces différentes géographies ont-elles façonné ton regard de cinéaste ?
Denise Fernandes : Je travaille beaucoup de façon très intuitive. Je réfléchis beaucoup, mais en même temps, beaucoup de réflexions ont lieu après avoir fait les choses. Il y a des choses qui se passent avant et des choses que je comprends après avoir fait quelque chose. Par exemple, j’ai compris plus tard que mon parcours personnel m’a appris à voir les choses à travers différents angles.
Tout ce que j’ai vécu et tous ces déplacements sont fondamentaux pour mon éducation visuelle.
CM : Malgré le fait que tu sois issue de la diaspora, comment as-tu réussi à développer et conserver ton appartenance au Cap-Vert ?
Denise Fernandes : Merci de poser cette question parce que je pense qu’on peut simplifier le film comme un retour aux racines. Oui il l’est en partie, mais en même temps, quand j’ai décidé de commencer à travailler sur ce film, je me sentais tellement déconnectée. Je ne savais pas quoi faire du fait que j’étais capverdienne.
J’ai grandi dans la partie Italophone de la Suisse. Je n’étais pas dans un contexte de communauté. Les Capverdiens que je connais, c’étaient des gens de ma famille. Le film est aussi un témoignage personnel de mon retour et de la récupération de quelque chose qui était en train de s’éloigner de moi. Je pense que le fait de pouvoir travailler avec la créativité m’a presque sauvée de quelque chose dont je ne savais pas que j’avais besoin.
Quand j’étais petite, je me disais que j’étais en Suisse et que c’était ma vie. Je ne m’intéressais pas à ce que mes parents me donnaient. Aujourd’hui, je peux dire que j’arrive à tout assumer. Pas seulement le Cap-Vert, mais tous les pays, toutes les expériences, toutes les langues, tout est partie de moi.
CM : Qu’aimerais-tu que les spectateurs gardent de ton film en sortant ?
Denise Fernandes : Pour moi, le film est un cadeau. Si tu veux le garder, tu le gardes. Si tu ne le veux pas, tu peux le garder dans la poche et peut-être l’observer un peu après. Pour moi, la chose la plus belle, c’est que quelqu’un arrive à s’approprier le film à sa façon. Je n’ai rien à imposer.
Quand je présente le film, j’aime quand les gens partagent avec moi leurs propres réflexions, des choses qu’ils ont vues, auxquelles je n’avais pas forcément pensé.
Nous vous invitons à suivre le parcours d’Hanami sur les réseaux sociaux. Rendez-vous dans vos cinémas dès le 8 juillet pour la sortie nationale.
Interview réalisée par Julie Carvalho,
Publié le 25/06/2026




