
Encontro Europeu de Jovens Lusos: a Covilhã está à tua espera !
27 juin 2026Label indépendant co-fondé en 2021 par Simon Da Silva et Thibaud Feyhl, Paprika Records a pour ambition de développer des artistes émergent(e)s en produisant des albums ou lors de soirées dédiées. Aujourd’hui rejoints par Joana da Fonseca, le trio souhaite mettre en avant des genres alternatifs, principalement afro-électroniques, dont la représentation artistique est largement invisibilisée. Cap Magellan est allé à la rencontre de Simon et Joana.
Cap Magellan : Pourquoi est-ce important de mettre en avant les musiques afro lusophones ?
Simon da Silva : Pour moi, et dans le cadre de Paprika, c’est à travers ces musiques-là que je me suis rapproché de mon intérêt pour la langue et la culture portugaise et lusophone.
Joana da Fonseca : J’ajouterais juste la notion de plaisir, au-delà du rapprochement évident de nos racines et de l’histoire du Portugal, notamment en relation aux anciennes colonies. Par ailleurs, ce sont des musiques que j’adore, qui me font beaucoup danser et c’est aussi pour ça aussi que j’aime mettre ces musiques en avant. Ce sont des musiques qui véhiculent beaucoup d’énergie.
CM : L’objectif de Paprika Records est aussi de combler un manque de représentation artistique dans ces communautés en Ile-de-France, en favorisant l’ouverture culturelle auprès du public francophone. 5 ans après la création du label et du premier événement Onda Luso, trouvez-vous que la situation actuelle est différente et quel est le regard que porte le public sur votre travail ?
Simon da Silva : Concernant la vision sur la musique du public francophone, je trouve qu’il y a encore beaucoup de travail à faire. Ce sont des musiques qui sont globalement trop méconnues, avec peu de plateformes qui les mettent en avant. C’est une des choses qu’on veut défendre et sur lesquelles on travaille, en organisant des événements et en produisant des artistes issus de ces communautés-là.
On participe à développer ces scènes-là mais on est encore loin de la visibilité qu’elles méritent. Je pense que le public français, en Ile-de-France notamment, est prêt à s’ouvrir à ces musiques. Il y a de plus en plus d’événements qui sont orientés autour de ces musiques mais c’est encore timide selon moi.
Joana da Fonseca : En France, ces dernières années, on s’est cantonné à un certain style de funk brésilienne et on l’a un peu tourné à toutes les sauces en dénaturant parfois l’essence de ce genre qui est aussi très multiple. Il y a plein de types de baile funk différents en fonction des régions d’où viennent les artistes qui produisent ces musiques au Brésil. En France, on s’est un peu cantonné à un type de baile funk particulier en présentant ça comme la musique lusophone mais c’est très réducteur de la diversité qui existe dans la musique lusophone, notamment la musique électronique aujourd’hui.
CM : Le label fête ses 5 ans cette année. Avez-vous prévu d’organiser quelque chose de spécial pour célébrer cet anniversaire ?
Simon da Silva : On n’a pas organisé d’événement particulier pour célébrer les 5 ans. Je ne suis pas trop adepte de ce genre d’anniversaire, de le célébrer comme ça.
La seconde édition de Onda Luso, la semaine dernière, était un peu notre manière de célébrer ces 5 années. Notre objectif est de pérenniser ce rendez-vous, de le faire grandir, de l’instaurer comme un rendez-vous essentiel autour des musiques lusophones et plutôt orienté dans l’afro-électronique. On sent qu’il y a une appétence de la part du public autour de cet événement, de ces musiques et des artistes qu’on présente.
Joana da Fonseca : On reste un label de musique à échelle très humaine puisque l’on est trois en ce moment. On travaille avec des artistes qui gravitent autour du label de musique, comme Sara Pascoal ou Quentin Incarnato. Ce sont des choses qu’on célèbre entre nous. Je suis heureuse que ce projet continue d’exister et peut-être que pour les 10 ans, on fera quelque chose. Quand on aura pérennisé, solidifié les bases, ça aura plus de sens. 5 ans, c’est bien. 10 ans, c’est mieux.
CM : Onda Luso, c’est quoi ?
Simon da Silva : Onda Luso est un événement consacré aux musiques afro-électroniques lusophones. C’est un espace dédié à toutes ces communautés lusophones, essentiellement les PALOP (Pays Africains de Langue Officielle Portugaise). Sans oublier le Brésil ! Il est très important pour mettre en lumière ces cultures, musiques et les luttes qu’elles représentent. Ces musiques sont essentiellement nées de la résistance et de la résilience.
Joana da Fonseca : Prenons l’exemple du kuduro. En Angola, ce genre est né durant la guerre civile après l’indépendance et à un moment où les jeunes avaient besoin d’autre chose et d’un échappatoire. Ce sont des genres musicaux qui portent en eux une histoire et la volonté de faire la fête.
Simon da Silva : Une joie de vivre. On souhaite donc raconter ces genres musicaux tout en se rassemblant pour célébrer.
Joana da Fonseca : On parle de musiques afro-électroniques lusophones comme le juduro, la batida et d’autres types d’afro-house. Tout le monde ne connaît pas ces genres et l’un de nos objectifs est d’en démocratiser l’accès.
CM : L’héritage de ces musiques semble primordial. Est-ce le cas ?
Simon da Silva : Totalement. L’héritage, je pense que c’est un bon terme pour désigner le sens de notre travail. On veut honorer et faire un travail de mémoire tout en le conjuguant au présent pour dessiner le futur. Quand je parle de dessiner le futur, c’est en produisant des artistes, producteurs et productrices sur Paprika Records.
Joana da Fonseca : On est en lien avec beaucoup d’artistes binationaux comme nous, ou internationaux. On essaie de rassembler en créant des liens, des ponts avec des artistes qui sont à l’international et moins connus à Paris. On les fait jouer dans cette ville pour les faire connaître auprès du public parisien.
CM : Aujourd’hui, à Paprika Records, vous êtes trois. Simon, le directeur artistique, Thibaud, le directeur financier, et Joana, chargée de la production événementielle et la captation photographique. Quelle est la relation entre vous ?
Simon da Silva : Paprika Records est né en 2021, peu de temps après le Covid. Sa création vient d’une volonté de défendre les musiques qui nous tiennent à cœur, en organisant des événements. Ça a mis beaucoup de temps avant de se dessiner et on a appris en faisant. On savait qu’on voulait être un label de musique et, petit à petit, on s’est rendu compte qu’on avait envie de sortir du tout digital en rencontrant les gens. À côté de ça, j’étais journaliste musical et j’avais la chance de faire pas mal d’interviews. J’appréciais les rencontres avec les artistes et de connecter entre eux.
Ce parcours a fait la trajectoire de Paprika Records telle qu’elle est aujourd’hui : de l’événementiel, de la production musicale et peut-être d’autres choses à l’avenir plus orientées vers l’audiovisuel. On a commencé à développer ça avec l’arrivée de Joana.
Joana da Fonseca : Je participais aux événements. J’adore danser et les évènements du label étaient faits pour moi. Je suis aussi photographe argentique. J’avais toujours mon appareil photo et, avant même d’intégrer Paprika, je faisais beaucoup de photos durant les soirées. Ensuite, j’ai dit à Thibaud et Simon « maintenant ça suffit, vous m’intégrez » (rires). Ça s’est passé comme ça.
Plus sérieusement, j’ai eu envie d’intégrer officiellement Paprika Records et de contribuer à la direction artistique de certains projets qu’on a produits, tout en continuant de prendre les photos des soirées. Je pensais pouvoir partager mon regard affiné. Je suis aussi quelqu’un qui aime l’action : participer à la production des événements, gérer les couacs et mobiliser les troupes. Tous les trois, ça s’est fait assez naturellement et ça marche plutôt bien (rires).
CM : Vous travaillez avec des personnes extérieures. Souhaitez-vous élargir l’équipe ?
Simon da Silva : C’est une option qu’on n’écarte pas. Si on veut grandir, on a besoin de faire grandir l’équipe aussi en fonction des besoins et des moyens. On n’est pas pressé. On a une vision basée sur le long terme pour le projet du label. L’histoire de Paprika Records s’est faite naturellement. Si on rencontre une personne qui colle bien à la vision qu’on veut défendre, le lien se fera mais on n’est pas dans une recherche active de recrutement.
CM : Vous produisez des artistes émergents. Comment se passe une collaboration ?
Simon da Silva : Le point de départ vient de notre volonté de travailler avec des artistes. C’est arrivé parfois que des artistes viennent vers nous et que ça soit réciproque mais, très souvent, c’est plutôt nous qui allons vers eux.
Joana da Fonseca : On est très présent sur la plateforme Soundcloud. Simon passe des heures à écouter de la musique niche et à dégoter des artistes incroyables mais qui ne sont pas encore très connus avant de choisir ceux avec qui il a envie de collaborer. Ça part souvent comme ça.
Simon da Silva : Après cette étape, on commence l’accompagnement. On débute la collaboration puis on voit comment ça se passe sur le plan humain parce que c’est très important. Notre idée avec les artistes, c’est le long terme. On commence souvent sur des projets courts : un single, des formats EP, quelque chose qui est assez rapide à mettre en place et sur lequel on vient aider les artistes sur l’aspect juridique et technique.
On va aller chercher des ingé-sons pour le mix, proposer des studios si c’est nécessaire parce que la plupart d’eux sont des producteurs qui travaillent dans leur home studio. On a un catalogue de personnes créatives et talentueuses qu’on connaît via les réseaux qu’on a constitué au fil du temps. On pense à une personne comme Sara Pascoal, une artiste peintre qui a réalisé l’affiche pour la soirée Onda Luso.
Pour revenir sur les artistes, on discute aussi sur la possibilité de présenter leur musique en live. On les accompagne sur la conception des morceaux, la direction artistique et musicale, en passant par la manière dont ils souhaitent présenter cette musique au monde.
CM : Vous êtes ancré à Paris mais vous avez fait beaucoup de collaborations à l’international. En faire plus à l’avenir, est-ce un objectif ?
Simon da Silva : Aujourd’hui, on a fait quelques collaborations avec des artistes internationaux. Il y a une collaboration peut-être plus forte et qui reste un souvenir très important dans l’histoire de Paprika. C’est celle avec la productrice franco-brésilienne Izma, qui a composé un morceau sur Cruise Beyond The Groove, notre première compilation sortie en 2024.
Joana da Fonseca : Elle a pu venir de Sao Paulo pour jouer à la release party de la compilation à Montreuil. On verra comment les choses évoluent. On a peut-être un EP en préparation avec elle. On essaie toujours de pérenniser ces collaborations.
Simon da Silva : On veut vraiment construire des relations solides. À l’avenir, j’aimerais consolider des relations avec des artistes basés au Portugal et pas forcément portugais. Organiser des soirées au Portugal serait un de nos objectifs. Nos projets se font beaucoup selon les rencontres que l’on peut faire en soirée, sur internet ou sur les plateformes comme Soundcloud.
CM : Tous les mois sont organisées des Spicy Sessions. Depuis quand existent-elles et pouvez-vous expliquer en quoi ça consiste ?
Simon da Silva : Les Spicy Sessions représentent les premiers formats qu’on a développés. L’idée était de créer un set exclusif pour des producteurs et DJs que l’on apprécie, que l’on veut défendre et présenter à notre public. Il s’agissait d’un rendez-vous mensuel, aujourd’hui mis en pause.
Joana da Fonseca : C’était un peu comme une carte blanche dans un espace un peu défini d’un type de musique particulier. Cela pouvait être de l’électronique, afro-électronique mais aussi du hip-hop ou d’autres styles de musique auxquels Paprika Records touche. L’idée était que les artistes puissent s’exprimer librement et déployer leur palette musicale.
On sait que certains de ces mixes ont été une forme de tremplin. C’est un peu ton CV : certains utilisaient le mix fait pour Paprika et l’envoyaient à des programmateurs de salles, à la manière d’une vitrine.
Simon da Silva : L’ADN de Paprika est aussi de révéler et de mettre en lumière des jeunes artistes, puis de pouvoir les accompagner.
CM : Quels sont vos objectifs pour les années à venir ?
Simon da Silva : Ce n’est pas forcément très glamour mais ça serait vraiment de réussir à se structurer. Les temps sont durs pour la culture et pour les acteurs de l’industrie musicale On aimerait réussir à avoir les reins plus solides sur le plan administratif et financier pour pérenniser tous les projets qu’on veut développer, de l’accompagnement d’artistes à l’organisation de soirées C’est sur ça qu’on a vraiment envie de mettre l’accent tout en restant indépendant et en étant toujours guidé par l’envie de défendre les musiques qui nous font vibrer. Le spectre est large, on ne se met pas de barrière tant qu’on est animé par ce désir de partager et de présenter des artistes, on continuera.
Joana da Fonseca : On aimerait aussi pouvoir offrir un accompagnement et une rémunération de qualité avec tous les artistes avec lesquels on travaille. On est dans un rapport très organique aux artistes qu’on rencontre, que ce soit des artistes musicaux, des graphistes, des artistes peintres, des photographes, toutes ces personnes qui travaillent avec nous. On veut continuer d’assurer un cadre et des conditions de collaboration de qualité.
CM : Pour finir, quel message laisseriez-vous aux jeunes lusodescendants, notamment issus de l’Afrique lusophone, qui souhaitent se lancer dans la musique ?
Joana da Fonseca : Sans forcément m’adresser aux afro-luso mais à tous les lusophones, il y a quelque chose qui me semble important : toujours garder l’esprit ouvert et curieux. Ce qui me heurte parfois c’est quand on reste un peu trop centré sur la musique luso traditionnelle, qui a évidemment ses qualités et de laquelle on est héritière et héritier, mais c’est important de toujours garder l’esprit ouvert à toutes les collaborations ainsi qu’à la richesse qui existe dans la lusophonie. C’est vraiment très important pour moi : garder cette ouverture d’esprit et écouter les nouveaux artistes serait mon message.
Simon da Silva : Je rejoins totalement le message de Joana : un message de rassemblement et de curiosité, c’est super important. J’ai l’impression que le Portugais est un peu centré sur lui-même, les lusodescendants peuvent l’être aussi, mais en réalité le monde lusophone est très vaste. Aujourd’hui il faut œuvrer pour plus de connexions afin les faire grandir.
Retrouvez toute l’actualité de Paprika Records sur leur compte instagram et leur travail sur Soundcloud et toutes les autres plateformes d’écoute.
Interview réalisée par Estéban Gaillard
et Julie Carvalho, de Os Cadernos da Julie.
Publié le 29/06/2026




