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1 juin 2026Sara Pascoal Ferreira est une artiste plasticienne basée à Paris. Elle explore les thèmes de la nostalgie, du déracinement, de la double culture et de la Saudade à travers la peinture à l’huile et la résine, avec des œuvres très colorées.
Cap Magellan : Tu es née au Cap-Vert et tu as grandi en France. Considères-tu que tu as toujours créé, même enfant, ou as-tu eu un déclic plus tard ?
Sara Pascoal Ferreira : Je dessine depuis petite. Ma mère m’avait même inscrit en cours de dessin. J’ai ensuite fait une école d’art qui s’appelle l’école Boulle d’art et d’artisanat, où j’ai étudié la tapisserie-décoration pendant 5 ans. J’ai fait tout mon lycée et mon post-bac là-bas. C’est une école qui m’a vraiment formée aux matières, aux compositions, qui m’a donné l’attrait des couleurs, etc. Tout a été plus structuré à l’école, mais j’ai toujours baigné dans l’art, dans le dessin. Après, j’ai continué en faisant des objets décoratifs.
C’est plutôt en 2024, quand j’ai voyagé au Cap-Vert, que j’ai eu un déclic. C’était assez particulier parce que ça faisait 6 ans que je n’y étais pas retournée. C’est à ce moment-là que j’ai quand même eu un petit déclic sur le fait que j’avais envie de représenter le Cap-Vert encore plus dans mon art, assumer ma double culture. Petit à petit, j’ai eu l’idée de me mettre à la peinture. J’ai trouvé que c’était un bon moyen d’expression pour représenter tout ça.
CM : Y a-t-il une œuvre en particulier qui, dans tes souvenirs, représente ta première œuvre ?
Sara Pascoal Ferreira : Je l’ai accrochée dans ma cuisine. C’est une nature morte. C’est un panier de fruits que j’ai fait en 2003, j’avais 7 ans. C’est assez représentatif finalement parce que c’est un tableau qui est très coloré. Donc finalement, ça n’a pas tant changé que ça.
CM : Qu’est-ce qui t’inspire au quotidien, que ce soit en termes d’artiste ou autre ?
Sara Pascoal Ferreira : Les artistes qui vont m’inspirer, c’est assez classique, mais beaucoup Frida Kahlo, par ses compositions, par les couleurs qu’elle utilise, par son histoire aussi.
En général, ce qui va quand même beaucoup m’inspirer, c’est mon environnement. C’est vraiment tout ce qui va m’entourer, les objets du quotidien. Aussi, les souvenirs, que ce soit mes souvenirs ou les souvenirs des autres, leurs histoires. Beaucoup la musique aussi, parce que j’ai baigné dans la musique depuis petite. On écoutait énormément de CD, beaucoup d’artistes capverdiens, donc ça m’inspire énormément.
CM : Qu’est-ce qui rend la peinture à l’huile si particulière par rapport à un autre médium ?
Sara Pascoal Ferreira : C’est vrai que la peinture à l’huile, c’est un médium qui m’a beaucoup attirée, de par le fait qu’on puisse la travailler longuement, prendre le temps. Vraiment ce côté lenteur que j’aime, qui me fait penser aussi à la nostalgie, au retour aux souvenirs, etc. Le fait aussi que les couleurs soient beaucoup plus chatoyantes aussi avec la peinture à l’huile. C’est vraiment deux aspects qui me plaisent dedans.
CM : Quand tu réfléchis à une œuvre, réalises-tu un croquis avant ou au contraire laisses-tu ton imagination grandir au fur et à mesure ?
Sara Pascoal Ferreira : Généralement, je vais partir d’un croquis, je vais avoir une petite idée, différents croquis. Je vais aussi beaucoup travailler sur iPad avec Procreate pour pouvoir un peu mettre en couleurs et en compositions. Après, je vais le déplacer sur la toile.
C’est vrai que de l’idée de base à la réalisation finale, parfois ça n’a rien à voir parce qu’au fur et à mesure de la création, je vais avoir des nouvelles idées, rajouter un objet, rajouter une couleur, composer différemment.
CM : Comment expliques-tu ce besoin de couleurs dans tes œuvres ?
Sara Pascoal Ferreira : C’est une très bonne question. C’est assez naturel. J’ai toujours été attirée par les couleurs, les motifs, les compositions de couleurs, les mélanges. Je trouve ça beau, je trouve ça riche, je trouve ça intense, je trouve que ça apporte du bonheur, de la gaieté.
CM : Tu fais aussi parfois des collages et tu utilises par exemple des miroirs. Comment fais-tu pour trouver les matériaux dont tu as besoin ?
Sara Pascoal Ferreira : C’est aussi assez spontané. Je ne vais pas forcément y réfléchir en amont. Ça va dépendre du tableau. Par exemple, pour ma dernière toile, Remember the Time, où j’ai fait pas mal de collages, c’est venu vraiment après. J’ai vu ça comme des espèces de finitions, de soulignées des détails.
Ces matériaux en général vont être des matériaux et des matières que je vais avoir chez moi. Je ne vais pas racheter exprès des matières. Pour ça, je préfère réutiliser des choses, découper du tissu dans un vieux t-shirt. J’essaie quand même de faire beaucoup de récup, parce que j’aime chiner.
CM : Tu as co-créé l’association Rosa, avec le Rosa Rosa Media. Peux-tu nous expliquer comment c’est né et dans quel but ?
Sara Pascoal Ferreira : Rosa Rosa est une association que nous avons cofondée avec Rebecca Borges. C’est elle qui a eu l’idée et qui m’a contactée en 2024. Elle voulait faire quelque chose au Cap-Vert, ou en tout cas mettre en lumière la culture du Cap-Vert. Elle m’a contactée, elle m’a parlé de son projet. J’ai tout de suite accepté. De fil en aiguille, on s’est dit qu’on voudrait mettre en avant l’art et la culture afro-lusophone, parce que finalement, on ne se retrouvait pas dans les associations qu’on voyait ou qu’on connaissait.
C’est comme ça qu’on a créé notre première exposition en février 2025, où on a mis en avant uniquement des artistes afro-lusophones : angolais, du Cap-Vert, de Guiné-Bissau, etc. L’idée, c’est vraiment de pouvoir représenter les cultures afro-lusophones à travers leur art, à travers des artistes, ou peu importe que ce soit dans la culture en général.
CM : Quels sont les futurs projets de l’association ?
Sara Pascoal Ferreira : On pense partir plus vers un aspect média, donc continuer à faire des interviews. De temps en temps aussi, ouvrir des cagnottes pour pouvoir aider des artistes que ce soit en France ou dans les pays concernés.
CM : Quels sont tes projets futurs personnels ?
Sara Pascoal Ferreira : L’idée est de pouvoir poursuivre la création un maximum, pour justement avoir un maximum de toiles. J’espère pouvoir faire ma première exposition bientôt.
CM : Au mois de mars, tu as fait une résidence artistique au Cap-Vert. Peux-tu expliquer ce qu’est une résidence artistique ? Comment cela s’est passé pour toi ?
Sara Pascoal Ferreira : Effectivement, pendant deux semaines, j’ai participé à une résidence artistique. En fait, c’est un espace de création pendant un temps donné avec d’autres artistes, ou non, où tu es juste là pour créer, que ce soit en France ou ailleurs. On te donne les moyens de pouvoir créer et de faire vivre de nouvelles réalisations qui te changent de ton quotidien.
Avec le Cercle des artistes, qui a organisé la résidence, j’ai pu passer deux semaines au Cap-Vert avec une dizaine d’artistes. J’y ai réalisé la plus grande toile que j’ai faite à ce jour : deux mètres par un mètre soixante-cinq. C’était assez challengeant parce que je devais cette fois-ci utiliser de la peinture acrylique, parce que je n’avais pas beaucoup de temps. J’ai fait une toile sur le thème de la femme capverdienne, toujours avec mes thèmes principaux : les symboles du Cap-Vert, les fruits, les couleurs. L’idée était vraiment de représenter le pouvoir, la force socio-économique de la femme capverdienne, parce que c’est elle qui porte souvent tout. Le symbole est que, sur cette toile, on voit une femme porter une maison sur sa tête. Tout le message est là.
CM : Pour finir, aurais-tu un message pour les jeunes lusodescendants ?
Sara Pascoal Ferreira : Connectez-vous à votre culture. Tout simplement.
Nous remercions Sara Pascoal Ferreira pour ses réponses. N’oubliez pas de la suivre sur Instagram ainsi que le Rosa Rosa média sur Instagram, la voix de la diaspora africaine lusophone, qu’elle a co-créé dans le cadre de l’association Rosa.
Interview réalisée par Julie Carvalho,
et Liliana Tavares Ribeiro.
Publié le 31/05/2026




