La réflexion débute dans les années 60 avec l’apparition du cinéma nouveau de Paulo Rocha et de Fernando Lopes, un cinéma contestataire mettant en scène le mal de vivre de ces personnages et la sensation d’étouffement provoquée par le contexte dictatorial.
Puis, vient la Révolution des Oeillets, le genre documentaire est alors très exploré et témoigne de l’exaltation propre à cette période qui laissera rapidement place à un climat de déception.
L’emblématique « Trás-os-Montes » d’António Réis et Margarida Cordeiro inaugure un cinéma dans lequel semblent prévaloir la volonté et la nécessité de retrouver une identité perdue grâce à un retour à la ruralité. João César Monteiro s’inscrira en partie dans cette lignée notamment grâce au cycle de film « série des contes traditionnels ».
Dans les années 80, l’entrée du Portugal dans l’Union européenne entraînera une internationalisation du cinéma portugais. Manoel de Oliveira en sera pendant longtemps l’ambassadeur. Un long chapitre lui est dédié dans lequel la chercheuse s’intéresse à son approche historico-mythique de l’histoire du pays.
Début des années 90, les thématiques sont autres, on s’intéresse à l’individu, à la jeunesse et à l’évasion, c’est l’exploration de l’imaginaire et du voyage qui prend le pas. Cela s’illustre grâce aux films de João Botelho ou de Teresa Villaverde, la question de la déterritorialisation est explorée chez Pedro Costa.
L’auteure termine son parcours avec une production plus contemporaine, celle de Miguel Gomes ou de João Pedro Rodrigues. Deux réalisateurs qui interrogent la société postcoloniale et en crise en utilisant l’imaginaire pour mieux décrypter le réel.
Le livre d’Ana Vera présente une filmographie portugaise remarquable, ses analyses interrogent et ouvrent de nombreuses pistes de réflexions sur ce que dit l’art de nous-mêmes. Le cinéma comme miroir d’une société et révélateur de l’air du temps. Un travail précieux.
Mylène Contival